mardi 3 avril 2018

XXY de Lucía Puenzo

XXY par Lucía Puenzo
Avec Inés Efron, Martín Piroyansky, Ricardo Darín
France, Espagnol, Argentin.  Date de sortie : 2007

Synopsis

Alex, une adolescente de 15 ans, a un secret : elle est hermaphrodite. Peu après sa naissance, ses parents décident de quitter Buenos Aires pour s'installer sur la côte uruguayenne, dans une maison de bois perdue dans les dunes. XXY commence avec l'arrivée d'un couple d'amis venus de Buenos Aires, accompagnés d'Alvaro, leur fils de 16 ans. Le père, un spécialiste en chirurgie esthétique, a accepté l'invitation en raison de l'intérêt médical qu'il porte à Alex. Une attirance inéluctable naît entre les deux enfants qui va les obliger à affronter leurs peurs... Des rumeurs se répandent dans la ville. On commence à dévisager Alex comme si elle était un monstre. La fascination qu'elle exerce risque désormais de devenir dangereuse. 

Mon avis

Lucía Puenzo est une réalisatrice et une écrivaine intéressante  dans la mesure où les thèmes qu'elle aborde m'interpellent toujours sur le plan humain, soulevant des questions anatomiques, médicales, psychologiques, sociologiques ou philosophiques pertinentes, nous confrontant à la stigmatisation et à la pression sociale sur celui qui n'est pas comme les autres au  niveau corporel. Tout en prônant le droit à la différence lorsque la personne n'est pas conforme aux normes en vigueur dans notre société, et ce par le biais du cheminement identitaire de son personnage principal, en pleine adolescence.

Ce portrait sensible et délicat, sans voyeurisme ni vulgarité, aurait pu devenir un film à thèse, ce qu'il n'est pas, en restant au plus près de ses personnages, dans toutes leurs complexités.  Il n'en reste pas moins que le point de vue adoptée par la réalisatrice - que je partage - n'est pas anodin.  Bien sûr, il s'agit d'un hymne à la liberté de choisir qui l'on est, un parcours d'autant plus difficile lorsqu'on suscite chez les autres la peur, le rejet, ou la curiosité déplacée, voire malveillante. Mais il traite également de front un sujet de société toujours d'actualité,  à savoir la pression exercée sur les parents d'un enfant hermaphrodite, en leur proposant dès sa naissance une prise en charge médicale pour le rendre conforme aux normes en vigueur de genre et de sexualité. Intervention chirurgicale, traitement hormonal à base de testostérone, demande aux parents d'élever leur enfant selon le  sexe qui lui a  été assigné. Autant d'atteintes à l'intégrité physique et psychologique de l'enfant dès son plus jeune âge, puisque bien trop jeune pour être en mesure de donner son consentement. Sommes-nous vraiment dans une visée thérapeutique ? Ou plutôt dans une tentative de rétablir un ordre social ? La question interpelle et tout le mérite de la réalisatrice est de l'avoir abordée à hauteur du regard de son personnage principal et de son entourage.


On pourrait reprocher à Lucía Puenzo de ne pas se limiter à son sujet, en débordant sur l'homosexualité possible du jeune compagnon d'Alex.  Je trouve au contraire intéressant de filmer la difficulté et la recherche de l'identité sexuelle à l'adolescence, que l'on soit hermaphrodite ou pas.

Un film délicat sur un sujet sensible, que je vous conseille.  D'autant plus que l'acteur Ricardo Darín joue sa partition à la perfection, comme bien souvent par ailleurs.  Inés Efron est très convaincante également.



De la même réalisatrice, à découvrir aussi :



Et si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire ce très bon roman :


 

4 commentaires:

  1. Alors là ! J'ai lu Lucia Puenzo mais ce qui me frappe, c'est le synopsis. J'ai lu cette histoire, courte, mais c'est exactement ça, l'ambiance est lourde, dans un recueil de nouvelles argentines contemporaines !

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    1. Tiens, je ne m'étais pas du tout rendue compte qu'il s'agissait d'une adaptation d'un récit écrit. D'habitude, je le vois de loin mais ici, rien de tel. D'après wiki, il s'agit effectivement de l'adaptation d'un conte de Sergio Bizzio, que je ne connais absolument pas. Mais d'après ce que je lis de lui, il pourrait bien me plaire.

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  2. Hello Sentinelle. Parfois, j'ai l'impression que les films argentins qui parviennent jusqu'à nos pays européens francophones mettent TOUS en vedette Ricardo Darin. Cela dit, dans "Le médecin de famille" de la même Lucia Puenzo, ce n'était pas le cas, donc je ne ferai pas cette généralité facile !

    Pas sûr d'être très sensible au sujet de ce "XXY" dont tu parles avec un bel enthousiasme (merci). Cela dit, je serais curieux de lire un livre de Lucia Puenzo, pour voir comment elle travaille l'écrit, au-delà des images. Je dois dire que je suis assez fasciné par ces artistes capables de faire les deux.

    Bonne journée, chère amie, et à très vite, j'espère.

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    1. Hello Martin,

      Ricardo Darín est effectivement "la star" argentine de ces dernières années. Issu d'une famille de comédiens et acteur depuis l'âge de dix ans, il a de la bouteille, comme on dit.

      Je ne sais pas modérer mon enthousiasme, alors je me lance dans de grands discours qui peuvent faire penser qu'il s'agit d'un film thèse, ce qu'il n'est pas. Je crois qu'il peut séduire même si on n'est pas sensible au sujet.

      Je te conseille Wakolda en tout cas.

      Très bonne soirée à toi, cher ami, et à bientôt !

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