vendredi 5 mai 2017

La Grande Muraille de Frank Capra

The Bitter tea of General Yen de Frank Capra
Avec Barbara Stanwyck, Walter Connolly, Nils Asther
États-Unis, 1933

Synopsis

C'est pour épouser le docteur Robert Strike que Megan Davis, missionnaire, arrive à Shanghai en pleine guerre civile. Alors qu'elle tente, avec son futur mari, d'évacuer des enfants de la zone la plus dangereuse, elle s'évanouit dans la foule des réfugiés sous les yeux du general Yen. Elle est alors condamnée à rester dans la résidence d'été de ce dernier tant que le pays sera troublé par la guerre. Peu a peu Megan tombe amoureuse du général.


Mon avis

Quelle surprise, mes amis ! Je m’attendais à voir un film « mineur » de Frank Capra (il faut bien reconnaître que ce titre ne nous vient pas immédiatement à l’esprit lorsqu’on évoque sa filmographie), et je me retrouve en final avec une petite merveille. Le réalisateur américain d’origine italienne, né en 1897 à Palerme avant d'émigrer avec sa famille en 1903 aux États-Unis, connaîtra la célébrité et le succès public grâce aux comédies américaines dans lesquelles le moralisme et les bons sentiments se conjuguaient avec un certain bonheur.  Mais il ne s'est pas cantonné à ce genre,  réalisant le plus souvent des mélodrames dans les années trente, avec la plupart du temps Barbara Stanwyck comme interprète principale.

Bien éloigné de la comédie, La Grande Muraille est donc un drame romantique assez surprenant pour l’époque, puisqu’il met en scène une missionnaire bon teint et bien naïve (Barbara Stanwyck) tombant dans les griffes d’un seigneur de guerre chinois (Nils Asther), qui l’enlève et la séquestre dans un pays en pleine révolution. L’originalité réside moins dans cette rencontre improbable que dans l’évolution du personnage féminin au contact de cet homme, qui suscite en elle un mélange de fascination et de répulsion. Un homme charismatique et assez captivant lorsqu'il se révèlera au fur et à mesure du déroulement de l'histoire, à l'issue forcément, fatalement, nécessairement, inévitablement (je fais un peu dans le style durassien, non ?) tragique.

Je dois bien avouer que je suis en général la première à râler lorsque je vois « un acteur blanc » grimé pour jouer un chinois, mais le jeu tout en intériorité et en sobriété de l’acteur suédois d’origine danoise Nils Asther a balayé complètement mes réticences. Cet acteur est une petite révélation en ce qui me concerne et je suis d’autant plus chagrinée d'apprendre que ce fut là son seul grand rôle au cinéma. Quel dommage et quelle erreur surtout.  Messieurs les réalisateurs et producteurs, vous êtes passés à côté d'un acteur prometteur.

Le film, interdit de nombreuses années par la censure dans plusieurs pays à cause de cet amour « interracial », n’a malheureusement pas rencontré son public à sa sortie aux États-Unis.  Il n’en demeure pas moins un des films préférés de son réalisateur Frank Capra.  La photographie du film, qu'on doit à Joseph Walker, le soin apporté aux décors et aux costumes participent aussi à la réussite du film.




Ce qu'en dit L'oeil sur l'écran, je cite un extrait : "Loin de reproduire les stéréotypes raciaux de l’époque, le film n’épargne guère les missionnaires, montre les différences de culture et surtout aborde de front la question des amours interraciaux, sujet tabou. Tout cela est fait de façon subtile, sans profusion de dialogues. Le point fort, et presque son pivot central, est cette étonnante (et célèbre) scène du rêve où le tabou est transgressé. "

Trouvé sur Wikipedia : "Le film est une des plus belles réussites personnelles du Capra de cette période, grâce également à son chef opérateur Joseph Walker, il va réaliser un film élégant, sombre et mystique avec une atmosphère à la Sternberg (...) "

4 commentaires:

  1. Ah tu me tentes beaucoup... Ça m'évoque MON Merrily we go to hell, bien que l'histoire n'ait rien à voir... mais j'ai découvert ce film de 1932 que je considère dorénavant comme une MERVEILLE Un éblouissement.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je te le conseille en tout cas, j'ai été cueillie comme on dit. Ah oui, je me souviens que tu avais parlé de ce film réalisé par Dorothy Arzner sur ton blog, je le verrai d'ailleurs très certainement un jour ou l'autre.

      Supprimer
  2. Bonne idée d'exhumer un Capra très méconnu. Je ne l'ai pas vu. Merci.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. N'hésite pas si tu le vois passer ;-)

      Supprimer