jeudi 23 mars 2017

Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa

Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa
Avec Teruyuki Kagawa, Kyôko Koizumi, Yû Koyanagi, Haruka, Igawa Kanji, Tsuda Kazuya, Kojima Inowaki Kai 
Japon, 2008


Tokyo Sonata revient sur le délitement progressif d’une famille japonaise, avec comme point d’appui le licenciement du père. Un père tout honteux d’avoir perdu son emploi et qui se garde bien de le dire aux membres de sa famille, continuant à faire semblant de se rendre tous les jours au bureau alors qu’il occupe son temps comme il peut avec une ancienne connaissance, lui-même au chômage depuis trois mois. Pendant que le fils ainé s’absente de plus en plus souvent de la maison, tout en exprimant son envie de s’engager dans l’armée américaine, c’est le plus jeune qui détourne l’argent destiné à la cantine de son école pour payer en cachette ses cours de piano. Quant à la mère, plus volontiers à l’écoute des besoins exprimés par ses enfants que le père, plus intransigeant et sectaire, elle semble tout simplement au bord du gouffre et bien dépassée par les événements.   

Les mensonges, les faux-semblants, la lâcheté, l’importance de sauvegarder les apparences... voilà un père qui a bien du mal à se redéfinir en dehors des rôles dévolus traditionnellement aux hommes par la société japonaise.  Ce sont finalement les enfants qui se révèlent les moins dupes et les plus courageux. Mais c’est encore le personnage de la mère qui se développe de la manière la plus surprenante, avec une dernière partie absolument inattendue, drôle et tragique à la fois. Ah il faut l’entendre aussi quand elle assène à son mari, sur un ton sans appel, un « j’emmerde ton autorité », moment charnière du film. Qui n’est pas dépourvu, ici et là, de petites touches d’humour.  

L’épilogue est de toute beauté, une façon comme une autre de se terminer sur une bien jolie note : à défaut de pouvoir tout reprendre à zéro, il n’est jamais trop tard pour évoluer, quitte à aller à l'encontre des schémas préétablis par un ordre moral, sociétal ou paternel en faillite. Comme il n'est jamais trop tard pour apprendre à mieux écouter l’autre.  

Troisième incursion dans la filmographie de Kiyoshi Kurosawa (après Shokuzai et Vers l'autre rive), et une nouvelle fois totalement convaincue par la proposition du réalisateur.  



10 commentaires:

  1. Hello Sentinelle. Ne le dis à personne, mais c'est rigolo: j'ai moi-même regardé un film de Kiyoshi Kurosawa hier soir. Et j'ai ensuite lu un texte qui faisait référence à "Tokyo Sonata" !

    Ce que tu dis du film m'inspire moins, même si, comme toi, je n'ai guère été déçu par le travail du réalisateur que j'ai eu loisir d'apprécier. Je pense donc que je verrai encore d'autres de ses films, et pourquoi pas celui-là ?

    C'est plutôt l'impression qui me rebute un peu, dans le cas présent.

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    1. Hello Martin ! Quelle coïncidence, effectivement. As-tu vu son dernier film au cinéma ? Les critiques ne sont pas fameuses, du coup je me tâte beaucoup. Ah zut, je ne suis visiblement pas très convaincante, pourtant j'ai beaucoup aimé ce film mais je ne le défends pas très bien. Je ne comprends pas non plus ta dernière phrase, tu peux m'en dire un peu plus ? J'aimerais mieux comprendre ce qui te rebute dans ton impression, qui fait suite à ta lecture de mon commentaire.

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  2. Pfiou ! Excuse-moi : j'ai tout simplement oublié des mots ! Je voulais dire "l'impression d'un film dur"... est-elle justifiée ? Tu me diras.

    Non, je n'ai pas vu "Le secret de la chambre noire" et je pense que je vais le rater. C'est "Real" que j'ai découvert hier soir, le film qu'il avait réalisé après le diptyque des "Shokuzai".

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    1. Je vois ce que tu veux dire, je vais d'ailleurs modifier un petit détail de mon commentaire pour ne pas en rajouter. C'est compliqué de répondre à ta question, oui et non j'ai envie de dire. Disons qu'il y a aussi une certaine mise à distance grâce à l'humour et un certain sens de l'absurde, la dernière partie tranche aussi pas mal avec le reste du film, une parte plus onirique et décalée. Nous ne sommes pas chez Ken Loach en tout cas ;-) Mais le film a bien des accents tragiques parfois, et aussi très mélancoliques.

      Curieuse de lire ton avis sur Real en tout cas. Je le verrai bien volontiers, comme d'autres films du réalisateur :)

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  3. Hello Sentinelle,
    Merci pour ton billet qui me rappelle que je n'ai toujours pas vu de Kiyoshi Kurosawa. Il serait temps que je m'y mette ! Et vu l'accueil critique mitigé de son dernier film, commencer par ce Tokyo Sonata qui semble avoir tout pour me plaire ne doit pas être une mauvaise idée.
    Strum

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    1. Bonjour Strum,

      Je ne peux que t'encourager dans cette voie, et Tokyo Sonata me semble effectivement un bon film pour débuter sa filmographie. C'est en fait avec ce film qu'il entre de plain-pied dans le "cinéma d'auteur", car il tournait auparavant plus volontiers des films de genre (que je n'ai pas encore vus à ce jour mais j'y viendrai bien à un moment ou l'autre). Vers l'autre rive est également une très jolie réussite. Shokuzai est encore d'un autre style, portant sur les thèmes de la quête et de la vengeance en partant d'un trauma collectif. C'est un réalisateur qui donne des rôles forts et très intéressants aux femmes, et je crois que c'est également ce qui me séduit chez lui. Nous retrouvons d'ailleurs l'actrice Kyôko Koizumi du film Tokyo Sonata dans Shokuzai (elle joue aussi dans Real).

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  4. Oui, apparemment, il prend ce tournant à ce moment là. Mais un film comme Cure dans sa première période m'attire aussi.
    Strum

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    1. Ah mais il m'attire aussi ce film-là, et d'autres encore de cette période. Il faut bien dire que je suis assez fan des films de genre en général, pour peu qu'ils soient bons, bien évidemment :) On sent bien d'ailleurs que le réalisateur ne vient pas de nulle part, il en reste quelque chose, et ce même dans Tokyo Sonata. Ce qui pourrait dérouter certains spectateurs, alors que cela m'enchante plus qu'autre chose.

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  5. Je pensais l'avoir vu mais non....En tout cas je n'ai pas retrouvé ma note mais ce que tu dis m'évoque plein de choses et l'impression de l'avoir vu... bref.
    je comptais voir le dernier mais les critiques désastreuses l'ont fait descendre des F.A.V et il a disparu des écrans en une semaine. Pas bon signe.
    La famille japonaise ou du moins ce que j'en vois au travers des films ne vend pas du rêve. Quant aux couples... on se demande quand ils arrivent à se toucher pour...Au moins faire des enfants !! C'est toujours tellement froid !

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    1. Ce qui est curieux aussi, c'est à quel point le Japon donne l'impression d'être encore une société très patriarcale et pourtant les réalisateurs nous offrent des portraits de femmes très diversifiés, intéressants et de premier plan. Paradoxe paradoxe :)

      Son dernier film a eu très mauvaise presse. Il est sorti chez nous dans très peu de salles et il a déjà disparu au bout de quinze jours. Flop total on dirait.

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