lundi 20 février 2017

Harmonium de Kôji Fukada

Fuchi ni tatsu de Kôji Fukada
Avec Tadanobu Asano, Mariko Tsutsui, Kanji Furutachi
Japon, Sortie 2017


Synopsis

Dans une discrète banlieue japonaise, Toshio et sa femme Akié mènent une vie en apparence paisible avec leur fille. Un matin, un ancien ami de Toshio se présente à son atelier, après une décennie en prison. A la surprise d'Akié, Toshio lui offre emploi et logis. Peu à peu, ce dernier s’immisce dans la vie familiale, apprend l'harmonium à la fillette, et se rapproche doucement d’Akié. 


Mon avis

Comment l'arrivée d'un homme, au passé trouble et sorti de prison après avoir purgé une longue peine pour meurtre, va-t-elle rompre l'équilibre d'une famille en apparence tranquille mais déjà fragilisée avant sa venue ? Quel lien entretient cet homme avec le père de famille ? Quel est donc ce secret qu'ils partagent mais qu'ils ne divulguent pas à leur entourage ? Nous assisterons au vacillement d'une famille sous le poids du silence, des non-dits, de la culpabilité, de la violence et des secrets du passé.

Harmonium de Kôji Fukada est un film tout en retenue, minimaliste et intense à la fois. Subtil et volontiers ambigu, chaque personnage garde sa part de mystère et on ne comprend pas toujours les motivations des uns et des autres. Et si les sentiments et les ressentiments restent bien enfouis sous une chape de béton, les pulsions, désirs et autres frustrations finissent toujours par s'infiltrer dans les lignes de faille. Un film qui nous conduit à la tragédie à pas feutrés et une vision résolument pessimiste et assez cinglante de la famille en général et du couple en particulier.  On n'en reste pas moins touché par l'extrême solitude de tous les personnages.

J'ai apprécié cette partition dramatique dépouillée de toute fioriture, et ce malgré son ton résolument défaitiste et dans lequel les expiations diverses, y compris celles transmises par héritage et filiation,  se font la part belle. Les enfants, agneaux sacrifiés sur l'autel du pardon et de la vengeance,  devront-ils toujours payer pour la faute de leur père ? Il y a finalement quelque chose de très christique dans ce film, qui aborde aussi en filigrane la religion et la foi, piètres consolations pour nos âmes en peine.

J'ai aimé ce qu'en dit Alain Lorfèvre : "Le cinéma de Koji Fukada, à l’instar de ses personnages, est tout sauf démonstratif. Son sens réside autant dans ce qui est dit et montré que dans ce qui ne l’est pas. Comme celle de l’harmonium de Yasaka, sa musique est a priori austère et singulière, un peu âpre. Mais elle a de la profondeur."

Quoi qu'il en soit, il ne fait aucun doute pour moi que le japonais Kôji Fukada est un réalisateur à suivre. Un dernier mot sur l'affiche du film, que j'apprécie beaucoup : on dirait presque une toile de Vermeer, peintre par excellence de la solitude mais bien plus douce et apaisée que celle présente dans le film, plus résignée que réconfortante.



14 commentaires:

  1. La musique semble minimaliste, mais tu en parles très bien. J'aurais aimé découvrir ce film en salle, l'affiche m'avait également tapé dans l'œil. Et puis les sorties se bousculant... Je me mettrai à l'harmonium et au Fukada un peu plus tard.

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    1. Ce film vient à peine de sortir en Belgique, alors que sa date de sortie en France avoisine la première partie de janvier. Minimaliste dans le sens où il fait la part belle aux silences, aux non-dits et à l'inexplicable. Mais il est très intense d'un autre côté, très sombre, presque cruel parfois. Je te le conseille vivement en tout cas, quitte à y venir un peu plus tard.

      Mais c'est vrai que les sorties intéressantes se bousculent pas mal en ce moment, beaucoup de tentations en ce qui me concerne depuis le début de l'année, je crois bien que je ne suis jamais allée autant au cinéma sur si peu de temps. Mais je suis vraiment contente de mon bilan, très positif jusqu'à présent.

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    2. Même constat pour moi ! J'enchaîne les bonnes expériences au cinéma. Plusieurs explications : les films sont meilleurs, ou bien je les choisis mieux, ou bien je suis devenu trop bon public. ;-)

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    3. J'ai encore d'autres explications, du moins en ce qui me concerne : il y a plus de films à mon goût en ce moment ! Et je me rends plus volontiers au cinéma qu'auparavant, d'autant plus qu'un nouveau cinéma s'est ouvert à cinq minutes en tram de chez moi. Quel bonheur !!!

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  2. Hélas nous en l'aurons pas ici. C'est une ville moyenne où la programmation s'est beaucoup améliorée mais avec 15 films par semaine sortant en France on ne peut tout avoir. Dommage car je vois trop peu de films japonais. A bientôt et merci de tes visites.

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    1. Hélas, oui. J'ai la chance d'habiter Bruxelles, et si la programmation ne peut pas rivaliser avec celle de Paris, je ne me plains pas et je m'y retrouve plutôt bien.

      Avec grand plaisir Eeguab, et je serais venue bien volontiers à une de tes séances de présentation si tu habitais à moins d'une heure de route de chez moi :)

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  3. Bonsoir Sentinelle, J'ai raté ce film à sa sortie mais tu me donnes envie de le voir (tu es la deuxième à m'en parler en quelques jours). Belle affiche en effet.
    Strum

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    1. Bonsoir Strum,

      Je pense effectivement que tu devrais t'y retrouver. J'ai apprécié le fait que les protagonistes ne se donnent jamais entièrement, gardant leur part de mystère. Touchée et attristée à la fois par toute cette solitude qui accompagne chaque personnage, pour les raisons qui leur appartiennent. Un de mes films préférés du mois de février. Le cinéma japonais a encore de beaux jours devant lui, en tout cas la relève est là.

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  4. J'habite dans un patelin. Les salles de cinéma sont à 60 km aller retour, en plus ils mettent le son beaucoup trop fort, donc on n'y va plus. D'ailleurs quand on voit ce qui sort - sauf exception - on ne regrette rien ! Je suis dégoûtée par le cinéma actuelle, d'une médiocrité sans nom. Heureusement qu'il y a de temps en temps des films comme celui-ci ! Je trouve que c'est en Asie et Moyen-Orient que l'on nous propose les meilleures choses en ce moment.

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    1. Je n'irai pas beaucoup non plus au cinéma dans ces conditions, c'est évident. Mais je ne te rejoins pas sur les sorties actuelles, il y a aussi de très bonnes choses mais il faut vraiment trier. Puis connaître ses goûts aussi, et là, je peux vraiment me fier à mes intentions car je ne me trompe pas souvent et je suis rarement déçue après une séance. Et si je quitte la salle avant la fin, c'est souvent moins dû à la qualité du film qu'au fait qu'il me dérange, pour des raisons personnelles. Il y a des choses que je ne supporte pas ou qui m'agace beaucoup, et j'estime que je n'ai pas à me faire violence non plus, cela doit rester un bon moment à passer, d'une manière ou d'une autre. Je crois que ce qui me dérange parfois, c'est le regard du cinéaste. On va dire qu'il y a des regards que je n'aime pas. Sinon, oui, il y a vraiment beaucoup de bons films venant d'Asie :)

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  5. C'est un film inégal dans son intensité mais certaines scènes sont fascinantes.
    Certaines facilités scenaristiques mont dérangée.
    Le personnage diabolique est particulièrement réussi.
    Le dernier quart d'heure m'a emballée.
    L'image du couple est désastreuse. J'aurais bien étouffé le mari avec son bol de riz et lui aurais enfoncé avec plaisir ses baguettes dans les narines... Oui ça doit faire mal mais il le mérite.

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    1. L'image du couple est d'un cynisme et d'une noirceur absolue. Je ne l'ai pas trouvé inégal, mais les films qui font la part belle aux non-dits et aux silences m'enchantent le plus souvent : je comble les creux par mon imaginaire, mes associations d'idées (je n'en manque jamais), mes supputations et mes interprétations diverses, et j'adore ça. Les films bavards me castrent par contre, je les évite donc le plus souvent : le réalisateur doit nécessairement me laisser exister dans son film sinon je me débranche vite fait.

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  6. Mouais.
    Moi j'aurais plutôt tendance à entrer directement en connivence (positive ou négative )avec les personnages ce qui peut me donner des envies de meurtre voire pire.

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