vendredi 6 janvier 2017

Ma Loute de Bruno Dumont


Ma Loute de Bruno Dumont
Avec Fabrice Luchini, Juliette Binoche, Valeria Bruni Tedeschi
France, Allemange - 2016


Synopsis

Eté 1910, Baie de la Slack dans le Nord de la France. De mystérieuses disparitions mettent en émoi la région. L'improbable inspecteur Machin et son sagace Malfoy (mal)mènent l'enquête. Ils se retrouvent bien malgré eux, au cœur d'une étrange et dévorante histoire d'amour entre Ma Loute, fils ainé d'une famille de pêcheurs aux mœurs bien particulières et Billie de la famille Van Peteghem, riches bourgeois lillois décadents. 



Mon avis

Ce qui m’a immédiatement séduite dans ce film est le fait que les personnages semblent tout droit sortis d’une bande dessinée : volontairement typés, outranciers, expressifs et burlesques, ils sont également soumis à de multiples gags à répétition très visuels. J’ai apprécié également les quelques références aux films d’arts martiaux au détour de certaines scènes, d’autant plus drôles qu’elles sont aussi incongrues qu’inattendues. Autant le dire tout de suite, tout le monde en prend pour son grade, que ce soit ceux de la haute société, une famille issue d’une lignée dégénérée par des mariages consanguins et autres filiations incestueuses, que les miséreux, plus proches de la nature animale qu’humaine (bien que le réalisateur semble ne pas faire une grande différence entre les deux, l’homme est un animal comme les autres, telle pourrait être sa devise). Quelques plans sortis tout droit d’un tableau et une mise en scène faisant la part belle aux magnifiques paysages de la côte d’Opale, que je connais bien pour m’y rendre régulièrement depuis plus d’une quinzaine d’années, sont un régal pour les yeux. Et que retrouve-t-on parmi toute cette lie ? Le plus beau personnage qui soit : Billie. Une fille qui s’habille en garçon, à moins que ce soit le contraire, est qui n’est rien d’autre que le véritable « passeur » du film, tant elle/il transgresse non seulement la norme des genres mais également la frontière qui sépare les classes sociales, en tombant amoureuse d’un misérable, au plus grand désappointement de leur famille respective. Ah il faut le voir ce regard échangé entre les deux amoureux lorsqu’ils se font leur déclaration, c’est véritablement la séquence émouvante du film, comme un moment suspendu…

Quelques mots encore sur les comédiennes. Cela faisant longtemps que je n’avais pas autant apprécié le jeu de Juliette Binoche, cela fait du bien de la retrouver, tant j’ai eu le sentiment de l’avoir un peu perdue ces dernières années. On a un peu peur de l’interprétation de Valeria Bruni Tedeschi au début du film (ça y est, elle nous refait sa folledingue) mais non, pas du tout, tant elle arrive à donner une certaine sobriété à son personnage, ce qui était loin d’être évident.

En conclusion, j’ai beaucoup aimé ce film surprenant, féroce, loufoque, grotesque mais assez jubilatoire pour peu qu’on apprécie les films qui se démarquent volontiers des productions habituelles.




Du même réalisateur, à lire également :

* Camille Claudel, 1915 de Bruno Dumont


10 commentaires:

  1. Entièrement d'accord avec toi, on en grince (couine ?) encore ! Consanguinité dégénérescente au pays des bourgeois, cannibalisme innocent chez les prolo, peinture à la fois réaliste et fantasmagorique des rapports sociaux de ce début de siècle dans le Nord de la France, on comprend mieux la précipitation des hommes à se lancer dans la guerre peu de temps après. Et ce Billie dont on n'est pas très sûr de vouloir tomber amoureux, mais jeune fille superbe, garçon énigmatique, ce personnage à lui tout seul est une énigme. Un des meilleurs films de l'année ! (rattrapage dvd ou sortie tardive en Belgique ?)

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    1. Vu sur petit écran en rattrapage, et rendons à César ce qui appartient à César, c'est toi qui m'a donnée envie de le voir, en le mentionnant dans ton trio de tête de ton florilège 2016 ! Et il est bien possible que je l'aurais mis également dans mon top 10 si je l'avais vu avant, car c'est vraiment un film d'une grande originalité et j'aime bien ça :)

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    2. Ah cela me fait plaisir ! ;)

      J'ai commenté le film chez quelques camarades, mais pas de réelles critiques de mon côté, il me faut rattraper ça ! Ça tombe bien j'ai une grande envie de le revoir !

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    3. Ah tiens c'est vrai ça, je pensais avoir lu ta chronique, mais je me rends compte que je n'ai lu que ton commentaire chez princécranoir. Dommage effectivement que cela n'apparaisse pas sur ton blog.

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  2. Pas dans mon top et pourtant, j'ai follement apprécié ce film pour tous les détails que tu as parfaitement décrits : une sorte de tintin peint par Otto Dix, avec des comédiens professionnels qui en prennent pour leur grade, obligés de forcer le jeu pour laisser le naturel aux amateurs. Dumont aime la farce, il nous en a préparé un plat digne de satisfaire nos appétits d'ogres.

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    1. J'ai lu hier soir, après ma vision du film, ton billet à propos du film, ainsi que celui de Pascale, Benjamin et Strum. Tu étais le seul finalement à émettre quelques petits bémols, mais rien de bien dramatique non plus. Les deux policiers m'ont de suite fait penser aux Dupond et Dupont imaginés par Hergé, pas par leur physique, mais leur façon d'être. Voir l'un des deux avec la houppette de Tintin m'a confortée dans cette impression :)

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  3. Un régal pour les yeux effectivement, c'est la force des films de Dumont. Une satire qui fait aussi penser à la comédie à l'italienne. Quant aux deux policiers, ils m'ont fait penser à Laurel et Hardy. Toutefois, plusieurs mois après avoir vu le film, le plaisir que j'avais ressenti devant sa vision (plaisir diminué par quelques réserves) s'est un peu effacé dans ma mémoire.
    Strum

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    1. J'ai pensé également à Laurel et Hardy, mais uniquement au niveau de la dégaine, pas vraiment au niveau des caractères. Ah le passage du temps sur une œuvre, toujours intéressant de se rendre compte de ce qu'il nous en reste quelques mois plus tard !

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  4. Pas étonnant que la belge en toi ait aimé. Tout ce que tu dis je l'ai ressenti.
    Je suis même aller me recueillir sur les lieux du tournage et devant le Typhonium quelques temps après :-)

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    1. Oui, je crois aussi que je suis totalement équipée pour apprécier ce genre de film, en tout cas je ne dois pas du tout me forcer pour y adhérer. J'ai lu ton billet après le film, et là, pour le coup, nous étions totalement sur la même longueur d'onde, y compris concernant Juliette Binoche ! Par contre, je ne connaissais pas du tout le Typhonium, alors que je vais à Wissant depuis plusieurs années. J'y retourne fin février, et cette fois, je ne le louperai pas :)

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