jeudi 27 juillet 2017

A girl at my door de July Jung

A girl at my door par July Jung 
Avec Doona Bae, Kim Sae-Ron, Song Sae-Byeok
Corée du Sud. Date de sortie : 2014

Young-Nam, jeune commissaire de Séoul, est mutée d’office dans un village de Corée. Elle se retrouve confrontée au monde rural avec ses habitudes, ses préjugés et ses secrets. Elle croise une jeune fille, Dohee, dont le comportement singulier et solitaire l’intrigue. Une nuit, celle-ci se réfugie chez elle…

Produit par Lee Chang-dong (réalisateur de Poetry), ce premier long métrage de la réalisatrice July Jung, qui signe également le scénario du film, étonne par la singularité de ton, la gravité et l’importance des sujets abordés, dont l’exploitation d’une main d’œuvre clandestine, la maltraitance familiale et l’homosexualité féminine, encore et toujours taboue en Corée du Sud. Une rencontre de deux écorchées vives, qui cachent chacune leur part d’ombre (l’une dans l’alcool, l’autre dans la simulation et la manipulation) pour un duo intriguant qui suscitera bien des interrogations et autres suspicions. Comme souvent dans le cinéma coréen, une large place est accordée à la totale incompétence des autorités, à la complaisance et autres petites combines, à la détresse et l’extrême solitude des laissés-pour-compte. J’ai parfois été gênée par l’invraisemblance de certaines situations et certains traits caricaturaux des paysans mal dégrossis du village, mais aussi agacée par la valse d’hésitation de la jeune commissaire. Ceci dit, la réalisatrice risque très certainement de faire encore parler d’elle dans les années à venir, à surveiller de très près donc.


mercredi 26 juillet 2017

Hommage à Claude Rich

Claude Rich et Charlotte Gainsbourg dans La Bûche de Danièle Thompson

Claude Rich nous a quittés ce 20 juillet.  J'aimais beaucoup cet homme, pour la qualité de son jeu d'acteur, mais aussi pour ce qu'il nous donnait de lui-même : son sourire, sa voix voilée, son regard doux, malicieux et pétillant à la fois, son sens de l'ironie m'enchantaient. Le plus souvent cantonné aux seconds rôles, il avait tout de même près de 80 films et une cinquantaine de pièces de théâtre à son actif, dont La Mariée était en noir de François Truffaut, L'Accompagnatrice de Claude Miller, Le Colonel Chabert d'Yves Angelo, Cherchez Hortense de Pascal Bonitzer, pour ne citer que quelques-uns.


Il paraît que c'est Gilles Jacob, l’ancien directeur du Festival de Cannes, qui a  lancé lundi une pétition sur Twitter pour demander aux chaînes de télévision de modifier leur programmation afin de rendre hommage au comédien Claude Rich.  Cela semble incroyable et pourtant. Au moins, son appel fut entendu. France 3 proposera  La Bûche de Danièle Thompson le 31 juillet à 22 h 40, et France 5 proposera  Le Crabe-tambour de Pierre Schoendoerfferp le lundi 14 août à 20 h 50.  Je me fais une joie de vous y retrouver, Monsieur Rich. A ce propos, je vous invite à lire le billet très complet de Joss sur le film La Bûche, publié en décembre 2016 sur le blog cinéma de Martin, intitulé Mille et une bobines.


mardi 25 juillet 2017

Okja de Bong Joon-ho

Okja de Bong Joon-ho
Avec Seo-Hyun Ahn, Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal, Paul Dano
États-Unis, Corée du Sud.  Date de sortie : 2017

C'est un film sur la perte de l'innocence d'une petite fille (Seo-Hyun Ahn) qui s'est toujours occupée avec amour d'Okja, un énorme cochon transgénique. Jusqu'au jour où la vilaine Lucy Mirando (Tilda Swinton), directrice de la multinationale Mirando (un géant de l’agro-alimentaire, de Monsato à Mirando, il n'y a qu'un pas), décide de se réapproprier son bien pour mieux le transformer, à l'aide de ses congénères, en saucisses industrielles afin d'enrayer une bonne fois pour toute la faim dans le monde (et s'en mettre plein les poches par la même occasion). Mais c'était sans compter sur la volonté inébranlable de Mija, qui se lance dans un véritable périple pour sauver son cher et tendre cochon et le ramener à la maison. Elle croise sur sa route un groupe d'activiste de la cause animale... 

Nous retrouvons toute la palette du réalisateur déjà présente dans The Host, qui arrive une nouvelle fois à mélanger les genres avec une aisance déconcertante : l'aventure, l'action, le suspens, le fantastique, la satire anticapitaliste, le conte, le drame, la farce, le burlesque... nous sommes aussi bien dans un film engagé que familial, politique ou écologique. Un film sur la dénonciation de l'exploitation animale, sur la manipulation de l'opinion publique et sur la société de spectacle, oui, bien sûr, mais aussi et avant tout un film de divertissement, avec cette volonté de toucher le plus large public possible. On admire la virtuosité du réalisateur, aussi à l'aise dans les scènes bucoliques du début que dans les scènes d'action et de poursuite. Si je ne devais relever qu'un seul bémol, ce serait cette comparaison malheureuse qui vient à l'esprit lorsqu'on assiste à l'une des dernières scènes de l'abattoir, qui fait inévitablement penser aux camps d'extermination de la seconde guerre mondiale. Là, pour le coup, j'ai vraiment été mal à l'aise, tant j'ai trouvé le parallèle indélicat et mal venu. Mais pour le reste,  à l'exception de quelques petits moments de faiblesse ici ou là, ce film est d'une efficacité assez redoutable. 


Du même réalisateur, sur ce blog :


lundi 24 juillet 2017

Dunkerque de Christopher Nolan

Dunkirk de Christopher Nolan
Avec Fionn Whitehead, Tom Hardy, Mark Rylance, Kenneth Branagh
États-Unis, Royaume-Uni, France, Pays-Bas.  Date de sortie : 2017


Le britanno-américain Christopher Nolan (Memento, Inception, Interstellar) a voulu rendre hommage à ses compatriotes en réalisant un film sur l’opération Dynamo de Dunkerque, « une victoire dans la défaite » dixit Winston Churchill himself. 

En nous plaçant au coeur de l'action - qui ne s'arrête jamais - à l'aide d'une caméra subjective, le réalisateur multiplie les points de vue : sur la plage, en mer et dans les airs. Mais toujours au plus près des soldats et autres gradés, ou encore des civils venus porter secours sur leur frêle embarquation. Ce sont des images plein les yeux (belle utilisation de l'espace, du paysage, des figurants, des acteurs) et des sons plein les oreilles (cris, bruit des explosions des bombes, des tirs de mitraillette et des avions qui canardent, ça pétarade de partout). Je m'en voudrais de ne pas mentionner l'excellent travail du compositeur de musique de film Hans Zimmer, qui a composé une bande-son oppressante à souhait. 

J'ai apprécié cette "réalité de Dunkerque" filmé par le réalisateur, même s'il a un petit côté catalogue militaire à force de diversifier les points de vue (U-Boot, Heinkel, Spitfire, j'ai presque l'impression de m'y connaître). Pari réussi pour cette expérience immersive très efficace, même si la manœuvre a également ses limites, aussi nous ne serons jamais dans un film d'histoire mais toujours dans un film d'action et de survie. Difficile aussi de réaliser un film de guerre sans que le patriotisme pointe le bout de son nez et Dunkerque de Christopher Nolan respecte parfaitement la tradition. 

A défaut de grandes émotions, de psychologie ou de film à thèse, ce grand spectacle, qui mise avant tout sur les sensations directes, a de la gueule comme on dit. De là à dire qu'il s'imprimera durablement dans ma mémoire, seul l'avenir me le dira. A voir au cinéma, bien évidemment.



dimanche 23 juillet 2017

Un jour avec, un jour sans de Hong Sang-soo

Un jour avec, un jour sans de Hong Sang-soo
Avec Jung Jae-young, Kim Min-Hee, Yeo-jeong Yoon
Corée du Sud.  Date de sortie : 2016


Le film présente une variation sur la rencontre entre le réalisateur Ham Cheonsoo, arrivé un jour plus tôt dans la ville de Suwon, où il a été invité à parler de son œuvre, et Yoon Heejeong, une artiste locale. Un film en deux parties, la deuxième partie rejouant la partition de la première mais avec de subtiles variations qui auront un impact certain sur la nature même de la relation qui se noue entre les deux protagonistes. C’est la première fois que je vois un film de Hong Sang-soo (edit : erreur, j'ai vu In another country) et, si j’en crois ceux qui le connaissent bien, il semblerait que ce soit un film assez représentatif de son œuvre. Je dois bien avouer que j’en suis ressortie à moitié convaincue, goûtant peu à cette répétition des situations, même si finement nuancées. Au lieu de m’attendrir, le côté dragueur et maladroit du personnage principal ont vite fait de m’agacer et le tempo assez lent m’a souvent rebuté. Un film de marivaudage conceptuel assez bavard dont je ne suis guère friande mais qui est arrivé, à mon plus grand étonnement, à me toucher sur la fin. A quoi reconnait-on les rencontres marquantes à celles qu’on aura tôt fait d’oublier ? A ces petits riens qui veulent dire beaucoup et qui font toute la différence.




samedi 22 juillet 2017

Tempête de Samuel Collardey

Tempête par Samuel Collardey
Avec Dominique Leborne, Matteo Leborne, Mailys Leborne
France.  Date de sortie : 2016

C'est l'histoire de Dominique Leborne, un marin pêcheur de 36 ans souvent absent du domicile familial de par sa profession. Vivant dans un confort matériel très relatif, il a néanmoins la garde de ses deux enfants, même s'il fait plus penser à un grand frère qu'à un père. Mais lorsque sa fille, une jeune adolescente, tombe enceinte, c'est bien la présence d'un père dont elle a besoin,  lui qui est tout le temps parti en haute mer.  Cet événement sera le déclencheur d'une remise en question, aussi bien professionnelle (il reprend ses études et rêve d’avoir sa propre affaire, un petit bateau de pêche à la journée qu’il exploiterait avec son fils) que familiale (sa fille a rejoint le domicile de sa mère). De désillusion en désillusion, il tombe chaque jour un peu plus dans le grand dénuement... 

Le réalisateur Samuel Collardey part d'une histoire vécue et rejouée par les vrais protagonistes, tout en remaniant légèrement la trame d'une tranche de vie pour en faire un film à part entière. Pari risqué mais réussi. Ce portrait sincère, rugueux et sensible à la fois d'un homme qui se cherche encore et qui affronte une période difficile de sa vie est magnifiquement interprété par Dominique Leborne, qui étonne par la justesse de son jeu d'acteur.  Certes, il connait la partition pour l'avoir vécue, mais il a non seulement un beau physique d'acteur (l'affiche ne lui rend pas justice) qu'une épaisseur et une présence indéniables. Je crois que je ne l'ai pas quitté du regard une seule seconde, tant et si bien que j'ai eu le sentiment de l'avoir accompagné dans ses incertitudes et autres questionnements tout au long du film, me sentant proche et très attentive à lui mais aussi à sa fille, plus renfermée et moins accessible que son père et pourtant toute aussi bouleversante dans ses non-dits et ses silences.

Un film émouvant, généreux et qui sonne juste. Une très jolie surprise.




vendredi 21 juillet 2017

Sortilèges de Michel de Ghelderode

Aujourd’hui, c'est la fête nationale belge. Une façon comme une autre de marquer le coup est de rendre hommage à un de nos auteurs. Place donc à Michel de Ghelderode et à ses sortilèges et autres contes crépusculaires, lus il y a quelques années. Mais je profiterai bien de cette nouvelle édition pour y revenir prochainement. Et poursuivre ma découverte, car d'autres textes viennent d'être réédités  récemment chez Espace Nord.



Quatrième de couverture

Chef d’oeuvre narratif de Michel de Ghelderode, Sortilèges est l’unique ouvrage fantastique du dramaturge devenu conteur. Délaissant le théâtre au profit du conte, Ghelderode écrit avec Sortilèges et autres contes crépusculaires un recueil inquiétant et fantastique. Un des personnages rencontre le diable au coeur de Londres, pendant qu’un autre enferme le démon dans un bocal. Un chat hante le jardin d’une maison étrange et les statues s’animent, se confondent avec le narrateur. Les ambiances cauchemardesques se côtoient et la Mort se laisse distraire de ses victimes. Ces textes condensent tout l’univers de Michel de Ghelderode dans une prose pleine d’épouvante et de frissons, mais surtout peuplée des lancinantes angoisses du célèbre dramaturge.

Sortilèges de Michel de Ghelderode, Editions Espace Nord, juin 2016



Mon avis

Auteur belge d’origine flamande mais d’expression française, Michel de Ghelderode (1898-1962) est surtout connu pour ses pièces de théâtre (La Balade du Grand Macabre, Fastes d'Enfer, La Farce des ténébreux). Comme leurs titres l’indiquent, l’auteur privilégie les thématiques récurrentes que sont la mort, les ténèbres, le monde du rêve et de l’imaginaire, la peur, l’angoisse et la déchéance.

Ce recueil de nouvelles ne contredira pas l’œuvre théâtrale tant nous y retrouvons les mêmes obsessions. Mais d’abord abordons le style de Michel De Ghelderode : très belle écriture poétique mais encore faut-il ne point pécher par excès tant cette écriture peut parfois mener à un certain raffinement un peu précieux si pas affecté.

Si l’ensemble du recueil présente une merveilleuse unité dans le style et les thématiques abordées, conférant par là une grande aisance dans la lecture, les nouvelles sont malgré tout loin d’être aussi réussies les unes que les autres.

Il n’empêche, de véritables petites pépites jalonnent ce recueil, dont les excellents « Le jardin malade » et « Tu fus pendu ». Paradoxalement, c’est une des moins intéressantes nouvelles, « Sortilèges », qui donne le titre au présent recueil, comme quoi…

Pour en revenir au contenu, beaucoup de thématiques funestes s’en donnent donc à cœur joie : les masques et les fausses apparences, la décrépitude et la putréfaction, l'isolement et l’abandon, l'insondable, le rêve et les fantasmagories, la contagion et l'envahissement... mais surtout cette mort omniprésente, cette mort en mouvement, cette mort récalcitrante, cette mort qui nous hante, qui nous tente et nous fait peur, cette mort qui se joue de nous.

La Mort et les masques, James Ensor (1897)

Et puis aussi ce rire fugace et tragique à la fois, parfois malicieux, souvent grimaçant tels ces masques de carnaval à faciès drôles et inquiétants à la fois.


Extraits

Pareille à une vague dressée et suspendue sur moi, la végétation me menace ; je serai roulé en elle, avec des silex et des ossements, un jour... Ma volonté mollit sous l'action de la chaleur. On ne saurait assez prendre garde aux lieux où l'on s'établit. 

Quelles herbes, connues des nécromants, fait naître cet humus et pourquoi cette végétation reste-t-elle moite et suante, comme si la sève ne circulait pas en ses réseaux, mais bien la charnelle putréfaction qu'elle pompe dans ce terroir funéraire ? J'imagine que ses racines traversent des cages thoraciques ; je songe, non sans perversité mentale, à tout ce que le sol peut contenir qu'on ne déblaya jamais. Vais-je resté hanté par ce cimentière ? Tout m'y ramène : cette odeur d'iodoforme induisant l'esprit à funèbres pensers et exprimée de tout : des pierres, des plantes, de moi-même ; les phosphorescences nocturnes ; ces plaintes, ces complaintes, comme si l'on officiait quelque part, au plus profond de la nuit. Il s'en faudra de peu ou je m'hallucinerai. 

[...] que j'eusse aimé être Pilatus, dans un éternel silence : un homme oublié des hommes, qui sait écrire merveilleusement et qui n'écrit jamais, sachant que tout est vanité. 



Présentation de l'auteur


Auteur de quatre-vingts pièces, d’une centaine de contes et de poèmes, Michel de Ghelderode (Bruxelles, 1898-1962) a connu un immense succès auprès du public avec La Balade du Grand Macabre, Mademoiselle Jaïre et Barabbas. Ses pièces triomphent à Paris dans les années 1947-1953 et Ghelderode meurt au moment où l’Académie suédoise avait décidé de lui décerner le prix Nobel.

Source : Espace Nord, Michel de Ghelderode





Bibliographie sélective :



jeudi 20 juillet 2017

Ils sont passés à la télé : les flops du mois de juillet

La Confrérie des larmes de Jean-Baptiste Andrea
Avec Jérémie Renier, Audrey Fleurot, Mélusine, Bouli Lanners
France, Belgique, Luxembourg.  Date de sortie : 2013


Gabriel, un ancien flic désabusé qui a plongé dans l’alcool et les petites magouilles suite au décès de sa femme, élève seul sa fille Juliette. A court d’argent, il finit par accepter une combine très bien rémunérée pour peu qu’il ne pose aucune question sur sa nouvelle mission : déposer une mallette aux quatre coins du monde sans en connaître le contenu. Gabriel devient un homme pressé tout autant que riche, mais également un père absent. Curiosité aidant, les ennuis vont bientôt commencer… 

Jean-Baptiste Andrea a essayé de réaliser un thriller français à l’américaine et le spectateur ne demande qu’à y croire dans un premier temps. Hélas, l’intrigue tourne en rond et on commence à trouver le temps interminable à la moitié du film. Jérémie Renier n’a définitivement pas la carrure pour incarner ce type de rôle, il a beau faire des efforts, s’épaissir, se teindre les cheveux et froncer les sourcils, ça ne marche pas. Le côté caricatural du personnage ne devant pas aider non plus. Ceci dit, Audrey Fleurot fait encore moins bien, on se croirait dans un mauvais feuilleton policier français. Que dire de Bouli Lanners, qui apparaît à la toute fin du film (lors d’un épilogue tellement grotesque qu’il en devient mémorable à sa façon) et qui semble se demander ce qu’il vient faire dans cette galère. Nous aussi, on se le demande.


A Scanner Darkly de Richard Linklater
Avec Keanu Reeves, Winona Ryder, Robert Downey Jr., Woody Harrelson, Rory Cochrane
Etats-Unis. Date de sortie : 2006


Non, mais c’est quoi ce film ? Pourtant, on a connu pire comme brochette d'acteurs. Mais non seulement la plupart cabotinent furieusement (la palme d’or revient à l’acteur Woody Harrelson, talonné de très près par Robert Downey Jr et Rory Cochrane) mais ils sont tous retouchés par un programme d’animation assez immonde dans son genre. Un truc expérimental sans doute, affreux et à ne plus jamais réutiliser. Le pitch ? L’Amérique est en guerre contre la drogue, et l’agent d’infiltration Bob Arctor (joué par Keanu Reeves, insipide) se voit contraint de jouer les taupes auprès de ses amis. Il commence à péter les plombs lorsqu’il reçoit l'ordre de s'espionner lui-même, sa consommation de stupéfiant et la paranoïa ambiante faisant le reste. Cette adaptation du roman Substance mort de Philip K. Dick (que je n’ai pas lu, impossible de comparer) étouffe le spectateur sous un déluge de paroles inutiles et de gesticulations épuisantes à voir. L’intrigue est embrouillée, on ne comprend rien, on s’ennuie ferme et on attend la délivrance du générique de fin avec impatience. Ce n'est pas mauvais, c'est très mauvais.



Moi, Peter Sellers de Stephen Hopkins
Avec Geoffrey Rush, Charlize Theron, Emily Watson, John Lithgow
Grande-Bretagne, Etats-Unis.  Date de sortie : 2004


Mais pourquoi ai-je vu ce film ? Portrait toujours et exclusivement à charge de l’acteur, il est montré tour à tour égoïste, antipathique, narcissique, caractériel, superficiel, cocaïnomane, colérique, homme à femmes, mauvais époux (il se mariera quatre fois), mauvais père et mauvais fils. Que reste-t-il ? Il était bon acteur, ouf, c’est déjà ça. Mais il ne vivait que pour ses rôles et semblait creux et vide dans la réalité, un type sans personnalité en somme (du moins, si on retire toutes ses faiblesses). Il y a plusieurs séquences vraiment éprouvantes, comme celle avec sa mère au téléphone sur son lit de mort, alors qu’il ne daigne même pas se déplacer (il est sur le lieu d’un tournage et il est fort demandé) en lui faisant comprendre qu’elle exagère comme d’habitude et qu’il viendra prochainement prendre une tasse de thé lorsqu’il en aura le temps. Ce type est abject, enfin tel qu’il est dans le film. Et ce jusqu’au générique de fin, qui ne l’épargne pas non plus. Mais où est passé le formidable acteur de mon enfance ? J’ai passé deux heures en compagnie d’un monstre et il m’a poursuivi jusque dans mon lit dans la mesure où j’en ai fait des cauchemars. Mais quel est l’intérêt de présenter Peter Sellers sous un jour aussi médiocre ? J'ai le sentiment que cette adaptation cinématographique du roman de Roger Lewis (The Life and Death of Peter Sellers) va forcément déteindre sur ma façon de voir dorénavant ses films et je le regrette amèrement.


mercredi 19 juillet 2017

Le Secret de la chambre noire de Kiyoshi Kurosawa

Le Secret de la chambre noire par Kiyoshi Kurosawa
Avec Tahar Rahim, Constance Rousseau, Olivier Gourmet
France, Belgique, Japon.  Date de sortie : 2017


Synopsis

Stéphane (Olivier Gourmet), ancien photographe de mode, vit seul avec sa fille qu'il retient auprès de lui dans leur propriété de banlieue. Chaque jour, elle devient son modèle pour de longues séances de pose devant l'objectif, toujours plus éprouvantes. Quand Jean (Tahar Rahim), un nouvel assistant novice, pénètre dans cet univers obscur et dangereux, il réalise peu à peu qu'il va devoir sauver Marie (Constance Rousseau) de cette emprise toxique.



Mon avis

J'ai lu tellement peu d'avis enthousiastes à la sortie du film que je ne me suis pas précipitée en salle lors de sa sortie. Il y a pourtant de très belles choses dans ce film, je pense notamment à tout ce qui touche au début de la photographie et à cette impression de pouvoir capturer l'âme du sujet, à cette présence palpable mais inquiétante d'un fantôme, à ce double constitué par la mère défunte et sa fille, que le père "torture" en lui faisant prendre des poses très longues et immobiles, une manière comme une autre d'essayer de se réapproprier l'image de son épouse disparue. J'ai aimé également la façon dont le réalisateur s'approprie cette grande demeure passablement délabrée (et comme en écho à la psychologie des personnages), conférant à l'ensemble une tonalité sombre, mystérieuse et romantique. Plusieurs cadrages jouant sur le clair/obscur ou la pénombre et certains paysages filmés de nuit font penser à la peinture symboliste de la fin du 19e siècle, ce qui ne pouvait que me séduire.

Et pourtant l'ensemble reste assez bancal et pas vraiment abouti. On a par exemple bien du mal à adhérer à cette histoire d'opération immobilière, amenant à une étrange évolution de l'un des personnages principaux, interprété par Tahar Rahim, qui peine parfois à rendre crédible son personnage. Ceci dit, il n'est pas le seul, tant certaines scènes sonnent un peu faux, y compris quelques-unes où apparaît Olivier Gourmet, qui est pourtant un excellent acteur en général. En conclusion, j'ai aimé le traitement visuel, simple et dépouillé mais efficace du film, j'ai été moins convaincue par la psychologie des personnages et le déploiement de l'intrigue, tortueuse et bien confuse par moment. Il y a quelques ellipses également qui peuvent nuire à une bonne compréhension de l'intrigue, c'est qu'il vaut mieux garder l’œil bien ouvert (les deux si possible, mais le rythme lent n'aide pas toujours) sous peine de passer à côté et de ne plus rien y comprendre.  L'émotion, quant à elle, est mise définitivement au placard. Avis mitigé donc, mais je  ne regrette tout de même pas ma vision du film, qui m'a vraiment séduite sur le plan visuel.


Si jamais vous ne connaissez pas encore le réalisateur Kiyoshi Kurosawa, je vous conseillerai plutôt ses films Tokyo Sonata (son meilleur film vu à ce jour) ou encore Vers l'autre rive, nettement plus convaincants.


lundi 17 juillet 2017

Heaven de Mieko Kawakami


Quatrième de couverture

Deux opprimés, deux adolescents, l’un brimé pour un défaut physique, l’autre pour son apparence volontairement négligée, subissent la violence des élèves du collège. De cette souffrance cachée aux adultes, de cette résistance partagée et plus intellectuelle que physique naît une amitié fondamentale mais discrète et pudique. Une amitié à travers laquelle se construit, le temps d’une année scolaire, l’essentiel du rapport au monde de ces deux jeunes gens, alors même que tout semble fermé tant la différence et le handicap en territoire d’enfance ne génèrent que danger et isolement.

Mon avis

C'est le deuxième roman que je lis de Mieko Kawakami (voir mon court billet De toutes les nuits, les amants, son précédent - et deuxième - roman traduit) et je suis toujours aussi surprise par le manque de facilité que j'ai à lire ses romans, avec cette impression de lire beaucoup mais d'avancer peu. C'est vraiment une sensation très étrange que j'ai du mal à comprendre : je suis comme engluée dans ma lecture. Une écriture très dense, assez opaque et qui baigne dans une étrangeté qui me met mal à l'aise et qui me déconcerte, dans la mesure où il me manque clairement des repères, suffisamment en tout cas pour ne jamais être dans ma zone de confort de lectrice. 

Dans ce roman, Mieko Kawakami s'intéresse une nouvelle fois aux opprimés et aux "faibles", ceux qui n'arrivent pas à se fondre dans la masse ni à accepter ses codes, et qui restent volontairement dans une position de retrait, oscillant constamment entre la volonté de rester en marge ou de parvenir à la marge.  Ce roman-ci se distingue toutefois du précédent par son extrême violence, parfois directe et cruelle dans les scènes d'humiliation et de harcèlement à l'école, d'autre fois plus sourde et comme tapie dans l'ombre.  Quoi qu'il en soit,  nous sommes en présence d'une violence toujours éprouvante pour le lecteur, qui a bien du mal à accepter la violence frontale des agresseurs ou la passivité et la résignation docile et consentante des victimes. 

Un roman sur la différence et son rejet, la solitude, le non-dit et le silence des boucs émissaires, l'oppression et l'absence de morale du groupe social, sur l'absence des adultes, les familles recomposées, l'identité et le processus d'identification familial souterrain (être fidèle au père abandonné par sa femme du côté de la fille, qui, comme son père, ne se lave pas et néglige son apparence, être fidèle à sa mère morte du côté du garçon, surnommé "Paris-Londres" et qui, comme sa mère, souffre de strabisme).  L'importance aussi, à tous les niveaux, du regard sur soi et sur le monde, mais aussi du regard de l'autre.  

Une écriture très dense donc, construite sur un mélange de cruauté avec le groupe et de camaraderie plus calme et "plus sereine" lorsque les deux souffre-douleur vont se rapprocher, que beaucoup de lecteurs qualifient de moments d'amitiés poétiques, mais qui étaient pour ma part plutôt bizarres et perturbants. Car l'auteur met sur le même plan deux personnalités censées se reconnaître et se soutenir mais qui sont pourtant très différentes, un rapprochement pouvant selon moi aboutir à une relation malsaine sur le long terme. D'un côté, il y a un garçon "ordinaire" qui subit la violence du harcèlement par peur mais qui se pose des questions et de l'autre une fille gravement atteinte au niveau psychologique, plus dans une posture perverse dans la conception psychiatrique du terme,  c'est-à-dire dans une posture masochiste et mortifère, dans la mesure où elle donne bien moins l'impression de subir que de choisir ce calvaire, à l'image de ces femmes que le catholicisme qualifiera de saintes vierges et martyres, mais que je ne peux voir autrement que comme des femmes perturbées sur le plan mental.

Et pour terminer ce billet, un mot sur la fin, très belle et très ouverte. C'est un peu comme si on était en apnée tout le long de la lecture et qu'on pouvait enfin remonter à la surface et reprendre son souffle. 

En conclusion, le dernier roman de Mieko Kawakami traite d'un sujet complexe, très éprouvant et dérangeant, y compris dans le traitement du sujet en ce qui me concerne. Une auteure qui, au-delà du malaise et du sentiment d'étrangeté qu'elle provoque chez le lecteur, suscite un intérêt certain. Une auteure qui comptera dans la littérature japonaise.

Extraits 

Les faibles sont toujours opprimés et ne peuvent rien faire. Ca, ça ne disparaîtra jamais. Et tu crois qu'il suffirait de copier les forts pour que les faibles disparaissent ? C'est ça ? Eh bien je te dis que non ! C'est juste une épreuve. C'est surmonter qui est important. 

[...]

J'ai compris que ce qu'il y avait entre moi et mon père, ce n'était pas seulement un souvenir. C'est aussi... que la faiblesse...eh bien, c'est beau. Toi et moi, ce qui nous protège tout le temps, partout, qui se dresse et nous protège, c'est la beauté d'être faibles.

Remarque : c'est Kojima qui parle, vous l'aurez compris...


Heaven de Mieko Kawakami, traduit du japonais par Patrick Honnoré, Actes Sud Littérature Lettres japonaises,  Avril 2016, 240 pages 

mercredi 12 juillet 2017

Warhaus (musique)



Je vous ai parlé précédemment du groupe Balthazar et de son année sabbatique.  Il n'y a pas que Jinte Deprez qui se soit lancé dans un projet solo avec son nouveau groupe J. Bernardt, puisque Maarten Devoldere, co-leader (chanteur et compositeur) du groupe Balthazar, s’est également lancé dans un nouveau projet. Il s'agit du nouveau groupe Warhaus, qui offre l'opportunité à Maarten Devoldere de former un tandem vocal avec sa choriste (et compagne) Sylvie Kreusch, également chanteuse de Soldier’s Heart. Aux petits jeux des comparaisons, on peut entendre des influences du côté de Nick Cave ou encore de Leonard Cohen. Il y a pire, pas vrai ? L'album s'intitule  We Fucked A Flame Into Being, un recueil des amours fanés...


dimanche 9 juillet 2017

J. Bernardt (musique)





J.Bernardt est le nouveau projet en solo de Jinte Deprez, guitariste et chanteur du groupe belge Balthazar, qui s'accorde une année sabbatique.

Jinte Deprez

Outre Jinte Deprez, la formation J.Bernardt se compose d'Adriaan Van De Velde aux synthés et de Klaas De Somer à la batterie. Des sons hip-hop et électro remplacent donc temporairement le rock alternatif du groupe Balthazar, formé en 2004 par des musiciens originaires de la région de Courtrai.

Le groupe Balthalzar


Balthazar s'était fait remarqué dernièrement en composant la bande-son du générique de la série La trêve. Bon, je ne suis pas fan de la série (mais je ne suis fan d'aucune série, pas mon truc), mais j'aime beaucoup  le générique :-)


vendredi 30 juin 2017

Bilan du mois de juin 2017

Films

Get out (2017) de Jordan Peele ****
Dans le noir (Lights Out, 2016) de David F. Sandberg  ***
Le Voyage au Groenland (2016) de Sébastien Betbeder ***
Un jour avec, un jour sans (2015) de Hong Sang-soo **
Le Promeneur d'oiseau (2014) de Philippe Muyl ***
Under the skin (2014) de Jonathan Glazer ***
Departures (Okuribito, 2008) de Yojiro Takita ***
Partition inachevée pour piano mécanique (1977) de Nikita Mikhalkov ***
L'homme qui tua Liberty Valance (1962) de John Ford ****
Anna Karénine (1935) de Clarence Brown ****

Greta Garbo dans Anna Karénine de Clarence Brown


Romans/Nouvelles


Quand sort la recluse (Flammarion, 2017) de Fred Vargas **(*)
Les filles au lion (Gallimard, 2017) de Jessie Burton **
Les visages de Dieu (Pocket, 2014) de Mallock **
Mémoires de Hongrie (Le Livre de Poche, 2006) de Sándor Márai ****
Judas Iscariote (José Corti, 2004) d'Andreïev Leonid ****

Collection Apprendre à philosopher : Érasme, Sénèque, Marx, Saint-Augustin ****

Andreïev Leonid

mardi 27 juin 2017

Un portrait en passant, Leonid Andreïev par Valentin Serov


Leonid Andreïev par Valentin Serov, 1907

Leonid Nikolaïevitch Andreïev (1871 - 1919) est l'un des écrivains les plus représentatifs de la fin du XIXe et du commencement du XXe siècle russe. Également avocat, journaliste, photographe, militant anti-tsariste avant de devenir militant anti-bolchévique, il est profondément marqué par Schopenhauer, Dostoïevski et Nietzsche. On retrouve dans son Journal, qu’il tenait à vingt ans : " Je voudrais que les hommes blêmissent d’effroi en lisant mon livre, qu’il agisse sur eux comme un opium, comme un cauchemar, afin qu’il leur fasse perdre la raison, qu’on me maudisse, qu’on me haïsse, mais qu’on me lise... et qu’on se tue ". Les nouvelles et les pièces de théâtre (lues et jouées) de Leonid Andreïev connaissent un certain succès, avant de tomber peu à peu dans l'oubli, ce qui le conduira à une tentative de suicide ratée mais qui laissera des séquelles.  Il meurt en 1919, en Finlande.  Ses œuvres, longtemps cachées dans les archives de l’ex-Union soviétique, nous sont parvenues tardivement. Elles sont actuellement disponibles dans leur intégralité chez l'éditeur José Corti Éditions, dans une traduction de Sophie Benech. Voir la présentation de Leonid Andreïev sur leur site.

Ce qu'en dit  Linda Lê :

Les âmes timides sont invitées à diriger leurs talons en arrière avant de pénétrer plus loin dans ces pages sombres. Car il y a du Maldoror chez celui qui se proclamait l’ "apôtre de l’auto-anéantissement ". Ecrivain des nerfs et des sens, Leonid Andreïev avait le don du prophète qui révèle, derrière un monde féerique, une féerie immonde. Devenu célèbre en l’espace de dix ans, disputant la place suprême à Gorki auquel il devait la publication de son premier recueil de nouvelles, il resta toute sa vie fidèle à sa passion de la vérité, qui le conduisait à briser tous les interdits. Cette audace le rendait haïssable aux yeux de la presse conservatrice et faisait de lui l’écrivain russe le plus controversé à l’aube du XXe siècle.  

Linda Lê, Le Monde des Livres, 8 juin 2000



Aux Éditions Corti :

  • Le Gouffre 
  • Dans le brouillard 
  • Judas Iscariote 
  • Jour de colère 
  • Le Journal de Satan 
  • Ekaterina Ivanovna 
  • Vers les étoiles


Bibliographie sélective :


samedi 24 juin 2017

Le peintre russe Valentin Serov

Le peintre russe Valentin Aleksandrovitch Serov est né en 1865 à Saint-Pétersbourg et décède en 1911 à Moscou. Formé par Ilia Répine et Pavel Tchistiakov, il est considéré comme le meilleur portraitiste russe de sa génération et devient le portraitiste officiel de la cour et de l'aristocratie. Il sera membre de l’Amicale des expositions artistiques itinérantes (Peredvijniki), de la Sécession viennoise et de la Sécession de Munich. L'un de ses portraits les plus célèbres est celui de Mademoiselle Mamontov, La jeune fille aux pêches (1887), fille du mécène moscovite. 

Citation :

L’historien de l’art Sarabianov affirme dans sa monographie consacrée à Valentin Serov : « l’évolution de la peinture russe des années 1880 jusqu’aux années 1910 n’est nulle autre que celle qui va de la Jeune fille aux pêches au Portrait d’Ida Rubinstein. » L’œuvre du peintre s’inscrit d'emblée dans une période complexe de transition, pendant laquelle il n’est indifférent à aucune des recherches de ses contemporains, sans pour autant, à aucun moment, sacrifier à l’héritage classique. Mais n’aborder son travail qu’au regard de celui ses pairs serait une erreur. Toujours en décalage avec ce qui l’entoure ou avec ce que l’on croit devoir attendre de lui, la peinture de Serov est d'abord extrêmement personnelle.



Portrait de la jeune fille aux pêches, 1887

Portrait de Zénaïde Youssoupoff, vers 1900


Portrait de Yevdokia Loseva,1903

Portrait de Henriette Leopoldovna Girschmann, 1907
  
Portrait de Maria Akimova, 1908

Portrait d'Ida Rubinstein, 1910

Portrait d'Izabella Grunberg, 1910


Autoportrait