dimanche 4 décembre 2016

Sur les ossements des morts de Olga Tokarczuk

Extraits

Après tout, pourquoi devrions-nous être utiles ? Et en vertu de quoi ? Qui a divisé le monde entre l'utile et l'inutile, et de quel droit ? Un chardon n'a-t-il pas le droit de vivre, ou bien une souris qui mange du grain dans un grenier ? Et les abeilles, les bourdons, les mauvaises herbes et les roses ? Quel est l'esprit qui a eu le culot de décider qui est meilleur et qui est moins bien ?

[...]

Vous savez, j'ai parfois l'impression que nous vivons dans un monde que nous inventons pour nos propres besoins. Nous décidons de ce qui est bon ou pas, nous inventons des grilles de signification... Puis toute notre vie durant, nous sommes obligés d'affronter ce que nous avons nous-mêmes imaginé. Le problème, c'est que chacun a sa version des choses, et c'est pourquoi les gens ont tant de mal à s'entendre.

Mon avis

Attention, ce roman peut en cacher un autre. Car si son atmosphère étrange dans un lieu isolé où s’accumulent des meurtres semble emprunter les sentiers d’une enquête policière sous couvert de phénomènes mystérieux et quelque peu fantastiques, ce n’est que pour prendre la tangente pour mieux déboucher sur autre chose. Pas question de dévoiler les dessous de l’intrigue, mais sachez qu’il ne faut pas vous attendre à un thriller trépidant, tant vous risqueriez non seulement d’être déçu mais également de passer à côté de ce récit, qui tient plus du roman psychologique, voire sociologique, tout en demeurant assez engagé écologiquement parlant. Sans en avoir l’air, ce roman interroge essentiellement les rapports dominants – dominés dans lesquels la violence joue le premier rôle. Que ce soit du côté des dominants que des dominés. Je me rends compte que ce roman traite finalement d’un sujet très actuel, qui n’est rien d’autre que la difficulté de vivre ensemble lorsque les valeurs ne sont plus partagées, engendrant des frustrations de part et d’autre et menant au recours à la violence pour imposer son point de vue. 

En conclusion, ce roman est assez original dans son traitement et marque avant tout son lecteur par son atmosphère sombre, insolite et poétique à la fois, tout en étant agrémenté ici et là de touches d’humour assez caustiques. Une intéressante découverte pour une romancière que je ne connaissais pas encore avant ce jour et vers laquelle je reviendrai très certainement, même si ce roman n’est visiblement pas représentatif de ce qu’elle écrit habituellement.

Lire également les avis de Book'ing et d’Edyta.

Quatrième de couverture

Après le grand succès des "Pérégrins", Olga Tokarczuk nous offre un roman superbe et engagé, où le règne animal laisse libre cours à sa colère. Voici l'histoire de Janina Doucheyko, une ingénieure en retraite qui enseigne l'anglais dans une petite école et s'occupe, hors saison, des résidences secondaires de son hameau. Elle se passionne pour l'astrologie et pour l’œuvre de William Blake, dont elle essaie d'appliquer les idées à la réalité contemporaine. Aussi, lorsqu'une série de meurtres étranges frappe son village et les environs, au cœur des Sudètes, y voit-elle le juste châtiment d'une population méchante et insatiable. La police enquête. Règlement de comptes entre demi-mafieux? Les victimes avaient toutes pour la chasse une passion dévorante. Quand Janina Doucheyko s'efforce d'exposer sa théorie - dans laquelle entrent la course des astres, les vieilles légendes et son amour inconditionnel de la nature - , tout le monde la prend pour une folle. Mais bientôt, les traces retrouvées sur les lieu des crimes laisseront penser que les meurtriers pourraient être ... des animaux!

Olga Tokarczuk a reçu le prix Niké (équivalent polonais du Goncourt) pour Les Pérégrins. Née en 1962, elle a étudié la psychologie à l’Université de Varsovie. Romancière la plus célèbre de sa génération, elle est l’auteur polonais contemporain le plus traduit dans le monde. Cinq de ses livres ont déjà été publiés en France : Dieu, le temps, les hommes et les anges ; Maison de jour, maison de nuit (Robert Laffont, 1998 et 2001), Récits ultimes (Noir sur Blanc, 2007), Les Pérégrins (Noir sur Blanc, 2010) et Sur les ossements des morts (Noir sur Blanc, 2012).

Source : www.leseditionsnoirsurblanc.fr

Sur les ossements des morts de Olga Tokarczuk,  Traduit du polonais par Margot Carlier, Publié chez les Éditions Libretto, Date de parution : 06/11/2014,  288 p.

6 commentaires:

  1. Je souscris entièrement à ton analyse ! Un roman à l'atmosphère étrange, dont l'intrigue (pseudo)policière passe en effet au second plan...

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    1. Tout à fait Ingannmic, et mon prochain roman de l'auteur sera sans doute Les Pérégrins, très différent visiblement mais tout aussi (si pas plus) intéressant.

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    2. J'attends ton avis avec curiosité !

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    3. Je ne vais pas attendre des mois avant de le lire en tout cas, étant moi-même très curieuse de le découvrir ;-)

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  2. Tout à fait d'accord avec toi et je confirme que ce livre est considéré comme "plus léger" parmi tous les romans d'Olga Tokarczuk. Je ne connais pas encore "Les Pérégrins" mais j'ai lu il y a quelques années "Maison de jour, maison de nuit" que j'ai aimé, même s'il ne m'en reste pas grand chose aujourd'hui.

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    1. Il m'arrive aussi d'avoir beaucoup aimé un livre mais de ne plus beaucoup m'en souvenir quelques années plus tard. Mais cela n'enlève rien à la qualité du roman, je note donc ce titre bien volontiers !

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