samedi 15 octobre 2016

Le nôtre parmi les autres de Nikita Mikhalkov

Svoi sredsi tchoujykh, tchoujoi sredi svoikh de Nikita Mikhalkov
Avec  Alexandre Kaidanovski, Anatoli Solonitsyne, Nikita Mikhalkov 
Russie, 1975

Synopsis

Alors que la guerre fait rage en Russie, des révolutionnaires envoient de l’or à Moscou sous la protection d’une groupe de tchékistes. Mais le convoi est attaqué et l’or disparaît. Un des tchékistes restés vivant est accusé de trahison.  Pour sauver sa tête, il infiltre un groupe de hors-la-loi qu’il soupçonne du méfait, et dont le chef est son propre frère…


Issu d’une famille illustre en Russie (petit-fils et arrière-petit-fils des peintres Piotr Kontchalovski et Vassili Sourikov, fils du poète soviétique Sergueï Mikhalkov et de l’écrivain Natalia Kontchalovskaïa, frère du réalisateur Andreï Kontchalovski), personne ne prend vraiment au sérieux Nikita Mikhalkov lorsqu’il se lance pour la première fois dans la réalisation de ce long métrage, alors qu’il n’a pas encore trente ans. Il ne se contente d’ailleurs pas de la réalisation, puisqu’il participe également à l’écriture du scénario et interprète l'un des rôles principaux, le chef des bandits. 

Un film curieux car assez hybride, dans la mesure où nous retrouvons certaines scènes dignes d’un western spaghetti de Sergio Leone, accompagné d’une musique à la Ennio Morricone. Pastiche, hommage ? Sans doute un peu des deux, mais sachez que la Russie imprègne tout de même le moindre grain de pellicule, de par les paysages, les acteurs ou les thématiques abordées, le tout enrobé d'une amitié virile teintée de culpabilité, de nostalgie, de pitrerie, de loyauté et de mélancolie. Nous retrouvons également une certaine imagerie russe avec cet enfant orphelin embrigadé dans une horde sauvage (sa relation avec le chef des brigands reste assez embrouillée mais on imagine le pire), quelques scènes de farces bouffonnes, sans oublier la figure presque mythique de l’idiot innocent. Avidité, cupidité, manipulation, trahison et doute composent également ce film, au scénario parfois confus étant donné la persistance de nombreuses zones d’ombre, notamment dans les relations entre les personnages et leurs motivations. Mais ce qui épate avant tout est la découverte d'un réalisateur, tant Nikita Mikhalkov se montre ambitieux dans sa mise en scène, notamment en nous proposant dès le premier quart d’heure un plan-séquence qui en imposerait à bon nombre de nos réalisateurs contemporains. Je suis particulièrement sensible aussi au sens de la composition du réalisateur lors de certains scènes plus statiques, qui font indubitablement penser à des peintures symboliques du meilleur effet. 

Les amateurs du réalisateur Andreï Tarkovski seront contents de retrouver son acteur fétiche Anatoli Solonitsyne (Andreï Roublev, Le Miroir, Solaris, Stalker), ainsi que « le stalker » Alexandre Kaïdanovski. Les autres acteurs ne déméritent pas non plus, notons par exemple l’acteur Iouri Bogatyriov, qui jouera par la suite dans de nombreux films de Nikita Mikhalkov, ainsi que l’acteur Alexandre Porokhovchtchikov, qui ressemble de manière assez troublante à l’acteur Mads Mikkelsen. 

Quoi qu’il en soit, Le nôtre parmi les autres est un film à découvrir, ne serait-ce que par curiosité, tant il témoigne d’une mise en scène variée et assez intéressante pour un premier long métrage d’un cinéaste en devenir. 






A lire également sur ce blog :

* Les Yeux noirs de Nikita Mikhalkov


6 commentaires:

  1. Hello Sentinelle et merci pour cette belle chronique. Cela donne envie de découvrir le film. Moi qui connais encore si mal le cinéma russe...

    J'imagine évidemment qu'avec une telle famille, ce cher Nikita Mikhalkov n'a pas eu que des encouragements pour se lancer dans la carrière. Apparemment, il a bien fait d'insister, n'est-ce pas ? C'est amusant, parce que j'ai discuté vendredi et hier avec une jeune réalisatrice qui, elle, me disait que, tant qu'à avoir des difficultés à trouver un travail, elle pensait qu'il valait mieux tout faire pour exaucer ses rêves (celui de faire du cinéma, pour sa part).

    Bon, je note ce "Le nôtre parmi les autres" (quel joli titre francophone, d'ailleurs, pour une fois !). Et je te remercie une nouvelle fois !

    PS: es-tu en mesure de m'envoyer un mail avec ton adresse mail à toi ? J'aimerais faire un peu de promo à "Chez Sentinelle" ;-)

    PS2: et bonne fin de week-end !

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    1. Hello Martin,

      Nos messages se sont croisés, car je viens juste de poster un commentaire « chez toi » ;-)

      Ce réalisateur m’a été conseillée par un ami cinéphile, il y a quelques années, enfin plus précisément son film Les yeux noirs. Du coup, je me suis procurée un coffret de sept films de Nikita Mikhalkov, parce que je ne le connaissais pas, parce que j’aime beaucoup la nostalgie et la mélancolie souvent présentes chez certains réalisateurs russes et que c’était l'occasion idéale d’avoir un bon panorama de ses films. J’en reparlerai donc encore dans les mois (euh soyons réalistes, disons plutôt les années) qui viennent. Enfin si Dieu me prête vie comme on dit ;-)

      J’ai appris, en écrivant cette chronique, qu’il était petit-fils et arrière-petit-fils de peintre et cela ne m’a pas surprise du tout, car j’avais déjà constaté à quel point certains scènes faisaient penser à des tableaux vivants, de par leur composition et l’atmosphère dégagée. Disons que je sais maintenant pourquoi.

      Je trouve également ce titre très joli, assez incompréhensible avant de voir le film mais qui prend sens par après. Il mérite d’être redécouvert, ne serait-ce que pour ce magnifique plan-séquence qui m’a surprise et vraiment impressionnée.

      Tiens, je pensais que mon adresse mail était présente sur mon blog, mais finalement non. Je l’ai donc ajoutée, en-dessous de mon profil : 100tinelle@gmail.com

      Très bonne fin de week-end à toi également Martin !

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  2. Bonjour Sentinelle, je n'ai pas vu ce film, mais c'est un joli choix de chronique (et ton texte donne envie) : cela fait belle lurette que j'aimerais découvrir les premiers films de Nikita Mikhalkov.
    Strum

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    1. Bonjour Strum,

      Alors je ne peux que te conseiller l’achat du coffret Nikita Mikhalkov 1970 - 1980 de l’Édition Spéciale Fnac, qui regroupe huit films (et non sept comme commenté précédemment) du réalisateur. Je crois pouvoir affirmer sans trop prendre de risque que tu devrais y trouver ton bonheur ;-)

      Mon prochain commentaire sera sans doute sur « Quelques jours de la vie d'Oblomov », déjà vu l’année passée. Mais j’aimerais le revoir, et avant lire le roman « Oblomov » d’Ivan Gontcharov, un auteur russe que je n’ai encore jamais lu. C’est l’occasion ou jamais ! :-)

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  3. Oblomov (le livre de Gontcharov) est un chef-d'oeuvre ! Et la principale raison pour laquelle je souhaitais voir les premiers films de Mikhalkov en fait. :) J'ai repéré ce coffret depuis longtemps, j'attendais un prix "discounté" pour l'acquérir.
    Strum

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    1. Tu me motives à le lire Strum ! Même si je l'ai en format epub, je vais tout de même me le procurer en livre de poche prochainement, et je le commencerai dès le début du mois de novembre :)

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