jeudi 1 septembre 2016

Toni Erdmann de Maren Ade

Ce film n’est pas un film comique. 

Ce film n’est pas un film agréable.

Ce film n’est pas un film qui caresse le spectateur dans le sens du poil.  

Et ce, même si la pilosité y joue un certain rôle : il n’y a qu’à regarder l’affiche, de penser à la fameuse party à poil, ou encore à la perruque absolument abominable du père (bon ok, ce sont des cheveux mais parfois on se demande). 

Cette petite mise au point me semblait nécessaire, tant certaines critiques professionnelles ont plus porté préjudice au film qu’autre chose en le faisant passer pour ce qu’il n’est pas, créant une certaine attente chez le spectateur, qui risque d’être déçu de ne pas avoir trouvé ce qu’il était venu chercher. Personnellement, je me suis esclaffée lors de certaines scènes, mais le sens de l’humour étant ce qu’il est, ce qui m’a fait rire pourrait tout autant laisser de marbre une autre personne. 

Ce film raconte tout simplement l’histoire de la confrontation de deux générations que tout oppose : la génération d’un père baba cool pratiquant la plupart du temps un humour lourd et souvent embarrassant, et la génération de sa fille, qui a tout de la machine de guerre naviguant en eau trouble au milieu de requins. Un cuirassé en talons aiguilles, car il faut bien s’affubler d’un phallus, aussi symbolique soit-il, pour s’introduire dans cet environnement de travail majoritairement masculin et dans lequel le machisme a encore de beaux jours devant lui. 

C’est l’histoire d’un père qui a perdu contact avec sa fille et qui décide de s’inviter à l’improviste chez elle, qui n’en demandait pas tant et qui l’encombre plus qu’autre chose. Un père qui, voyant le mode de vie de sa fille, prend peur pour elle. « Mais es-tu heureuse ? »,  lui demande-t-il. « Mais c’est quoi le bonheur ? », lui répondra-t-elle. Il faudra bien toute la durée du film pour que le père et sa fille puissent trouver un semblant de réponse à cette question. Le temps nécessaire pour que ce père se transforme en poil à gratter pour essayer de percer la carapace de sa progéniture, en s’inventant un personnage aussi improbable que grotesque. Ce sera ce fameux Toni Erdmann, qui donne le titre au film. 

J’ai trouvé ce film audacieux, surprenant, dérangeant, cynique, intelligent, drôle, triste, cruel et sensible à la fois. Parce que ce père et sa fille, et bien ils s’aiment. Et ce, quoi que nous puissions en penser et peu importe ce qui les a éloignés dans le passé ou ce qui les sépare encore aujourd’hui. C’est con à dire mais ça m’a touchée. Il y a encore bien d’autres choses dans ce film mais je crois que je vais m’arrêter ici, pour ne pas vous soûler inutilement de paroles. A vous maintenant de le voir ou pas, de l’aimer ou pas. Mais une chose est certaine, il ne fera certainement pas l’unanimité, car il est tout sauf consensuel. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre de lire d’autres billets publiés récemment et aux avis diamétralement opposés. 


A ce propos, lisez les avis de Pascale, de Dasola, de Matchingpoints, de Newstrum ou de Christoblog

Comme vous pouvez le constater, il y a « un peu de tout » et c’est le contraire qui aurait été étonnant. 


31 commentaires:

  1. Bonjour, ravies de voir apparaitre notre nom dans votre critique, d'autant plus, que nous aussi avons aimé ce film ! Oui, ce n'est pas un film facile ni racoleur, les acteurs sont des gens "normaux" et non pas des stars avec un physique de rêve ! Le cinéma allemand ne cherche pas toujours la beauté au premier degré.
    A bientôt pour d'autres film...

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    1. J'aime le cinéma allemand en général, je n'ai donc pas eu trop de mal à trouver mes marques ;-) Et je suis absolument ravie d'avoir découvert votre blog par l'entremise de ce film, à très bientôt donc ! Et merci de votre passage sur ce blog.

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  2. Bonjour Sentinelle et merci pour cette chronique. Comme déjà exprimé, je ne partage pas ton enthousiasme pour ce film, mais je respecte cet avis divergent - et intelligemment exprimé.

    Je crois effectivement que je suis parti voir "Toni Erdmann" avec de mauvaises attentes. J'en veux un peu aux distributeurs qui barrent l'affiche française de formules comme "À hurler de rire !", "Une comédie hilarante" ou "L'un des plus beaux fous rires de Cannes". Pour moi, c'est vraiment à la limite de la publicité mensongère ! Alors que, si on m'avait parlé d'une comédie dramatique portée par la mélancolie, j'aurais sans doute bien mieux adhéré.

    En ce sens, ta chronique-plaidoyer est vraiment honnête et réussie. Je me répète donc: merci !

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    1. Merci à toi pour ton commentaire Martin !

      Un bien mauvais plan marketing qui ne rendra pas du tout service à la réalisatrice, je le crains. Car ce n’est effectivement pas du tout un film comique, ni un film sympathique, loin s'en faut. Même si le public dans la salle riait bien volontiers. Mais c’est un rire très particulier, plus de l’ordre de la déflagration, d’exutoire, qui désamorce une tension, une situation gênante et dérangeante, quelque chose qui claque. D’où mon expression, « je me suis esclaffée », car c’était vraiment le cas. Mais pour cela, il faut être « dedans », bien évidemment. Donc, oui, le film peut être drôle parfois, mais pas comique.

      Pour ma part, je suis allée le voir comme « un film allemand de 2H40 que le public cannois a ovationné mais qui fut boudé par le jury ». Et mine de rien, ce n’est déjà pas neutre comme préambule. Mais pour le reste, je n’attendais rien de spécial, et c’est selon moi la meilleure condition qui soit avant d’aller voir un film. Maintenant, les gros titres d’une affiche, difficile de ne pas les voir (même si j’avoue ne pas y avoir prêté attention). « Un film qui rend heureux », « A hurler littéralement de rire », non mais on se fiche de qui là ? Des phrases à prendre pour ce qu'elles sont, càd sorties de leur contexte et totalement vides de sens, mises en valeur pour vendre un produit.

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  3. L'avis de Dasola m'avait un peu refroidi, et aussi la durée du film. J'étais en déplacement la semaine dernière et je voulais en profiter pour aller au cinéma, mais plus de 2h50, sachant que le cinéma de quartier à côté de mon hôtel ne proposait qu'une séance à 21h30... je me suis rabattue sur Rester vertical, très déroutant aussi !

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    1. J'ai hésité aussi à cause de la durée du film, dans la mesure où je trouve que ce n'est pas souvent justifié. Mais il faut croire que j'ai vraiment apprécié Toni Erdmann car je n'ai jamais trouvé le temps long et je ne m'y suis jamais ennuyée non plus. Et c'est vraiment rare pour les films de cette durée.

      Maintenant, je ne conseille pas de le voir en famille car il y a une scène plus dérangeante que les autres et pas vraiment appropriée aux enfants de moins de 10 ans.

      Je n'ai vu aucun film d'Alain Guiraudie jusqu'à présent. J'ai quelques appréhensions, ne sachant pas si je les apprécierai ou non. Il faudrait que j'essaye un jour ou l'autre mais cela me demande un effort pour franchir le pas. Puis on met souvent en avant son côté sulfureux et provocateur, ce qui aurait plutôt tendance à me faire fuir plus qu'autre chose...

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    2. J'avais vu l'inconnu du lac à la TV, et j'hésitais entre l'impression que c'était du grand n'importe quoi et une étrange fascination... Rester vertical offre en effet son lot de scènes étranges, que certains pourraient peut-être trouver provocantes ou dérangeantes, mais j'ai plutôt été déroutée. Alain Guiraudie filme par exemple la sexualité comme s'il n'avait aucun tabou, mais avec une sorte de naturel qui m'a convaincue que son intention n'était pas de choquer. L'ambiance, aussi, est assez bizarre : certains épisodes se passent un peu comme dans les rêves, parce qu'il s'y produit des événements à la limite du crédible, mais ils se fondent avec les scènes plus "prosaïques" de manière assez fluide. C'est comme si Alain Guiraudie allait volontairement jusqu'à un seuil où il risque de perdre le lecteur, et qu'il le rattrape à chaque fois. Du coup, je ne saurais dire si j'ai aimé ce film, mais ce qui est certain, c'est que je ne regrette pas de l'avoir vu, parce qu'i propose quelque chose d'inhabituel.

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    3. Je te remercie pour ces précisions, qui me rassurent assez finalement. Découvrir quelque chose d’inhabituel et de surprenant, c’est aussi ce que je recherche au cinéma, entre autres. Filmer des scènes de sexe comme un vulgaire porno en se drapant d’un certain auteurisme est la marque de certains réalisateurs, que j’évite volontiers. Je ne savais pas trop où situer L’inconnu du lac à ce niveau. Mais je pense, et tu le confirmes, que ce ne soit pas le cas avec Rester vertical, qui me tente déjà plus. Je ne le verrai sans doute pas au cinéma mais quand il sera disponible en VOD, ce sera peut-être le moment ou jamais de voir un film de Guiraudie.

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  4. Bonjour Sentinelle, je n'ai pas trouvé le film surprenant sauf une ou deux scène, je l'ai trouvé triste et pathétique. Bon dimanche.

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    1. Bonjour Dasola,

      Tu as dû trouver le temps bien long! Je n'aurais pas eu le courage de voir ce film jusqu'au bout si je l'avais trouvé aussi triste et pathétique. Bon dimanche à toi également.

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  5. Je ne me suis jamais esclaffée et je déteste de plus en plus ce film tant l'intolérance des commentaires entre ceux qui aiment et ceux qui n'aiment pas me surprennent.
    Bon sang on ne parle quand même QUE de cinéma (même si c'est presque vital pour des cinéphiles comme nous :-)) . Ceux qui ont adoré semblent être personnellement heurtés qu'on n'aime pas.
    Bref, je déteste de plus en plus ce film poilu et à poil :-)

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    1. J'ai cru comprendre sur ton blog que tu ne voulais plus en parler, mais je me suis permise de publier le lien vers ta chronique, pour bien montrer à quel point on pouvait aussi détester ce film. Et je n'ai absolument aucun problème avec ça, même si perso je l'ai trouvé assez poilant (pour rester dans le thème) ;-)

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    2. C'était une blague justement qui malheureusement à été mal prise par quelqu'un qui me connaît bien...
      Franchement ça ne viendrait pas à l'idée de dire d'arrêter de commenter.
      J'ai néanmoins retiré tous les commentaires intolérants... et notamment celui de quelqu'un qui commentait pour la première fois et me conseillait de m'en tenir aux comédies aseptisées puisque je n'étais pas capable d'apprécier un tel film...

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    3. J'ai lu ce commentaire, avant que tu prennes la décision de le retirer. Cette personne ne te connait sans doute pas pour dire une chose pareille. Et euh si j'ai vraiment apprécié Toni Erdmann, cela ne m'a pas empêché d'apprécier tout autant L'Arnacoeur de Pascal Chaumeil en son temps. L'un n'empêche pas l'autre, je les ai aimés pour des raisons différentes. Bref, te formalise pas trop avec ce genre de remarque d'une personne qui ne te connait même pas. Si ça se trouve, elle était juste de mauvais poil ce jour-là ;-)

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    4. OH ben là ça continue. Je reçois un mail qui dit que je suis méprisante.
      Décidément ce film me dégoûte :-)

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    5. Misère. Mon blog a plus une audience confidentielle que significative mais si tu préfères que je retire ton lien, tu me le dis et je m'exécute, je n'ai pas de souci avec ça.

      Maintenant, cela m'a aussi interpellée. Pas seulement chez toi, mais certaines personnes ressentent vraiment un rejet viscéral par rapport à ce film et j'avais du mal à le comprendre. Ce matin, j'ai écouté ce qu'en disaient les chroniqueurs du Masque et la Plume sur France Inter. C'est drôle d'ailleurs car ils ironisent aussi sur cette question de poils. Enfin, tout ça pour dire que Xavier Leherpeur a également rejeté totalement ce film. Et je crois avoir enfin compris pourquoi !

      Enfin voilà, je te le dis et je te le répète, en ce qui me concerne, je respecte totalement ton avis et tu ne dois certainement pas te sentir obliger de répondre aux commentaires ni aux mails pour t'en excuser et t'en expliquer si tu n'en as pas envie.

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  6. Quant au Guiraudie... j'ai ADORé :-)

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    1. Ah ça oui alors ! Encore un film qui suscite pas mal d'avis diamétralement opposés.

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  7. Oui et là on ne pourra pas me reprocher de ne pas apprécier un film dérangeant
    ... mais là, le personnage principal m'a bouleversée. Il n'est pourtant pas particulièrement beau et propre sur lui. :-)

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    1. Il n'y a pas que le Clintounet qui te bouleverse si je comprends bien ?
      Arf :)

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    2. Dis donc, je me disais que nos conversations tournaient beaucoup autour des piles ou des poils. Ne me dis pas que c'était pile-poil ce que tu pensais :-D

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  8. Y'a longtemps que Clintounet ne m'a pas bouleversée... Mais je préfère rester sur les bons souvenirs. Il devient sénile avec ses idées à la con ! "On" m'a dit qu'il soutenait Trump !!!

    J'avais oublié le "coup" des piles ! Grandiose :-)

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    1. Oh oui, j'étais vraiment déçue et en colère lorsque j'ai lu les déclarations du Clintounet à propos de Trump. Il a beau avoir été mon premier grand amour au cinéma lorsque j'étais petiote, je ne peux vraiment pas accepter un tel discours, il a franchi un seuil là.

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  9. Bonjour Sentinelle, tu résumes bien le film et je me retrouve dans ce que tu dis. Il ne faut prêter attention ni à la rumeur venue du cirque cannois ni aux éléments de langage du marketing du film et aller y voir par soi-même. Pour ma part, j'ai bien aimé (sans excès non plus ; comme je l'écris dans mon billet " chez moi", le film ne mérite ni excès d'honneur ni indignités), en particulier les deux acteurs qui sont parfaits, avec une mention spéciale pour Peter Simonischek absolument épatant en Toni Erdmann, cet ami imaginaire qui veut redonner le goût de vivre à sa fille.

    Strum

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    1. Bonjour Strum,

      Je n'en parle pas dans mon billet mais j'ai trouvé également les deux acteurs assez stupéfiants, mention spéciale pour Peter Simonische, comme tu le dis si bien. Je vais passer par chez toi pour y laisser un mot. A tout de suite :)

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  10. Bonjour Sentinelle,
    Merci pour ton commentaire là-bas et merci pour le lien. ;)
    Strum

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  11. (petit disclaimer : je ne savais pas du tout pour l'histoire du blog de Pascale mais je suis très choquée !).
    Je n'ai pas détesté, je n'ai pas non plus aimé. Il est certain que ce film a été mal vendu même si en soi le marketing n'a pas joué un rôle dans mon avis - je pense être capable de faire la distinction entre ça et mon propre ressenti.
    Disons que j'ai trouvé ça inutilement long et faussement laborieux... Il y a beaucoup de potentiel mais j'ai trouvé ça finalement assez confus par rapport aux thèmes abordés. J'ai également trouvé la mise en scène inintéressante alors que le sujet, de base, même si je ne l'ai pas toujours trouvé maîtrisé, est intéressant. En revanche, les répliques restent très bien écrites et les acteurs sont exceptionnels !

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    1. Je comprends tout à fait qu'on puisse trouver le procédé répétitif mais bizarrement, je n'ai jamais trouvé le temps long, sans doute parce que j'ai suffisamment apprécié le film pendant ma vision. Les acteurs sont vraiment épatants, bien d'accord là-dessus :)

      Pour Pascale, c'est dommage, mais dès qu'on présente un avis tranché qui sort de la norme, et bien cela peut être très mal accepté par certaines personnes. C'est un constat que je déplore.

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    2. Le principal est que tu aies pris ton pied durant ta séance :)
      Les gens sont hélas intolérants. Mais il faut continuer à s'exprimer librement :)

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    3. C'est vrai que j'en suis ressortie enthousiaste, même si le propos n'était guère enthousiasmant ;-)

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