mardi 27 septembre 2016

Frantz de François Ozon

Frantz de François Ozon 
Avec Pierre Niney, Paula Beer, Ernst Stötzner, Cyrielle Claire
France, Allemagne - 2016 

Au lendemain de la guerre 14-18, dans une petite ville allemande, Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz, mort sur le front en France. Mais ce jour-là, un jeune Français, Adrien, est venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. 

Le réalisateur aborde la complexité des relations franco-allemande au lendemain de la Première Guerre mondiale par le biais d'un drame romantique mis en scène avec élégance et sobriété. Un drame dans lequel l’émotion est avant tout contenue et vainement maitrisée, tant elle rejaillit au détour d’un regard parfois vacillant, d’autres fois plus intense, ou encore d’un frémissement révélateur qui se moque des convenances. Une jeunesse sacrifiée par leurs pères, la peur de l'autre, l’ambiguïté du mensonge, les jeux de miroirs et de masques, la mort, le deuil, la culpabilité et le pardon sont quelques-unes des thématiques de ce long métrage, filmé la plupart du temps en noir et blanc avec quelques passages à la couleur, comme un visage exsangue et asphyxié retrouverait ses couleurs lors de l’accélération des battements de cœur. J’ai été prise parfois d’une certaine confusion, tant j’ai eu le sentiment étrange qu’Anna était plus la fille des parents de Frantz que leur future belle-fille, comme s’il y avait aussi quelque chose de très fraternel dans sa relation avec son défunt fiancé (ce que nous retrouvons d’ailleurs en miroir dans la propre histoire d’Adrien, qu’on découvre avec l’héroïne dans la deuxième partie, mais je n’en dirai pas plus pour vous ménager le suspens). Quoi qu’il en soit, Frantz de François Ozon est un très joli film et une agréable surprise en ce qui me concerne, dans la mesure où les films du réalisateur n’arrivent pas toujours à me convaincre aussi aisément que celui-ci. Il faut dire que François Ozon fait la part belle à la culture, comme la poésie, la musique ou la peinture, ce qui ne pouvait que me séduire. 


Je ne vous apprends rien à vous disant que Paula Beer est la révélation de ce film, une jeune actrice allemande d’une grande expressivité et d’une maturité étonnante pour son âge. Elle m’avait déjà bluffée lorsque je l’ai découverte l’année passée, dans son premier film Poll de Chris Kraus (2010), alors qu’elle n’avait que 14 ans au moment du tournage. A tel point que je m’étais empressée de chercher des informations à son sujet. Coïncidence, je l’ai revue ensuite dans The Dark Valley (Das Finstere Tal) d'Andreas Prochaska (2014). Deux films que je vous conseille et une actrice à suivre, sans aucun doute, tant je suis persuadée qu’elle sera une grande actrice qui comptera dans le monde du Cinéma. Car sous son apparence sage se cache assurément un tempérament passionné qui transparaît dans son regard, ô combien intense et lumineux.  Elle a obtenu le Prix Marcello Mastroianni du Meilleur Espoir au 73e Festival de Venise pour son rôle dans Frantz. 

 

Les avis de Pascale, Martin, Strum et Princecranoir.

12 commentaires:

  1. Vu 'The Dark Valley', je conseille aussi en VO de préférence.
    Léger bémol, la B.O, pas top.
    Cela dit, la prestation de Paula Bière ne m'a pas marqué plus que ça. ;-)
    ++

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    1. Sacré Ronnie, toujours là pour me corriger, même quand ce n’est pas dans ton intention de le faire ! Car je viens de me rendre compte que j’ai fait un joli amalgame entre The Dark Valley de l’autrichien Andreas Prochaska (et non pas allemand comme je le pensais initialement) et le film Slow West de l’écossais John Maclean. Et si j’ai aimé les deux films, j’ai confondu l’actrice sud-africaine Caren Pistorius avec Paula Beer. Je ne peux donc que te rejoindre sur ce point, Paula Beer ne m’a finalement pas plus marquée que cela dans The Dark Valley ;-)

      Pour en revenir à ce film, j’ai totalement oublié la B.O. mais j’imagine qu’il faut avoir un budget conséquent pour en disposer « d’une bonne » et qu’un western autrichien n’est pas vraiment fait pour rameuter les foules. Pourtant il se défend bien, mais c’est surtout de l’acteur Sam Riley (le Ian Curtis dans Control par Anton Corbijn) dont je me souviens.

      Bon maintenant que j’y suis, je te conseille aussi Slow West de John Maclean (si jamais tu ne l’as pas encore vu), avec Michael Fassbender et le tout jeune acteur australien Kodi Smit-McPhee (quel drôle de nom ?!) et la jeune Caren Pistorius. Beaucoup aimé.

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  2. Bonjour Sentinelle et merci pour le lien ! Je partage ton avis comme tu le sais (et tu as raison d'insister sur le fait que le film fait la part belle à la culture, avec une belle utilisation, notamment, du tableau de Manet Le Suicidé).
    Strum

    PS : Paula "Bière", mais qu'il est taquin ce Ronnie ! :D

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    1. Avec plaisir Strum. J'ai beaucoup aimé la place que prend le tableau Le Suicidé de Manet dans le film, et l'utilisation de l'art comme vecteur de communication et d'ouverture entre les peuples.

      Oh oui, il est terrible notre Ronnie ! Ceci dit, la traduction est correcte, rien à redire là-dessus ;)

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  3. Tout à fait correct en anglais indeed (aber es ist "Bier" in Deutsch), j'y ai pensé moi-même en lisant son nom pendant le générique. :D
    Strum

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    1. Bier en allemand comme en flamand alors. Je viens d'un des pays de la bière mais j'avoue ne pas y avoir penser une seconde. Ah ces hommes ;-)

      Remarque, je n'ai pas loupé le plan sur une très belle chope de bière traditionnelle en grès allemand, lors d'une séquence dans une taverne d'outre-Rhin entre Anna et son prétendant. Euh je dois bien confesser que je les ai toujours trouvées très laides :D

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  4. Ce film a tout pour me plaire. J'espère qu'il sera encore à l'affiche le weekend prochain.

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    1. Cela devrait être le cas, en tout cas je l'espère pour toi. Je crois effectivement que ce film devrait te plaire Edyta, car il a ce petit quelque chose qu'on retrouve dans les romans de Stefan Sweig :)

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  5. Tu as raison, la relation entre Frantz et Anna ressemble plus à une relation fraternelle qu'à une passion amoureuse.
    Cette actrice Paula Beer est LA révélation et la grande raison de voir ce film, décevant en ce qui me concerne.

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    1. Oui, j'ai lu ton compte-rendu, tu as été assez déçue en final. Sauf en ce qui concerne Paula Beer. On ne le dit pas assez mais ce film parle aussi beaucoup de fraternité. Même dans les couples, car Adrien aussi à ce même type de relation avec sa promise, puisqu'ils se connaissent depuis très longtemps. Une promise qui a aussi perdu un frère. Cela revient un peu de manière cyclique, cette notion de fraternité, offrant une lecture à plusieurs niveaux.

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  6. Merci pour le lien, Sentinelle !

    J'ai l'impression finalement que le film remporte un succès très honorable auprès des cinéphiles, même si, comme Pascale, j'ai toujours quelques petits bémols qui font que je ne m'enthousiasme pas totalement - et sans doute un peu moins qu'espéré.

    Il sera sans doute intéressant de revoir le film dans quelques années pour prendre en compte ces différents niveaux de lecture dont tu parles très bien.

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    1. Avec plaisir Martin ! Il me semble également que le film remporte un joli succès, et c'est tant mieux :)

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