samedi 7 mai 2016

Séances de rattrapage DVD : Kiyoshi Kurosawa, Hirokazu Kore-eda et Apichatpong Weerasethakul



Notre petite sœur par Hirokazu Kore-eda
Disponible en VOD, sortie DVD 17/03/2016, Japon

La famille, l’enfance, l’abandon et le deuil. Il n’y a pas à hésiter, nous sommes bien dans un film du réalisateur Hirokazu Kore-eda. Plus minimaliste et délicat que jamais, ce film nous offre des élans de bonté et de générosité qui passeront pour mièvres par certains, alors que j’ai été plus que séduite par la douceur des sentiments exprimés, tout en étant subtilement  nuancés par sa mélodie teintée de  mélancolie. Un film porté par la grâce qui fait du bien, composé de toutes petites choses qui ne sont pas pour autant dérisoires,  mais au contraire pleines de sens.





Quelques autres films commentés sur ce blog du même réalisateur, tous hautement recommandables :

* Maborosi
* After Life
* Tel père, tel fils
 



Vers l'autre rive par Kiyoshi Kurosawa
Disponible en VOD, sortie DVD 02/03/2016, Japon


Qui n’a pas rêver de revoir ses morts pour mieux faire ses adieux, tout en pouvant leur dire à quel point nous les aimons et à quel point ils feront toujours partie de notre vie ? Cette histoire de fantômes et de deuil revient aussi beaucoup sur le couple, sur tout ce qu’on ne s’est pas dit par honte, par pudeur ou par gêne, sur tout ce que nous avons manqué ensemble en ne partageant pas certaines rencontres, sur tout ce qui nous lie malgré ces manquements. La magie du cinéma offre cette deuxième chance en donnant la possibilité de revenir sur les lieux des souvenirs du défunt, de retour du pays des ombres, et ce afin de combler la béance engendrée par la perte de l’être aimé et toutes les questions restées en suspens. Certes, ce film ne fera pas l’unanimité et certaines personnes l’auront probablement trouvé fort ennuyeux. Il n’est pas non plus porté par de grands élans mélodramatiques, maintenant une certaine distance entre les personnages et les spectateurs. Je l’ai trouvé au contraire émouvant par cette retenue et ce désir de réparation sous-jacent. Un très joli film et assurément l'un de mes coups de cœur du mois, même s’il vient à peine de commencer.

Prix un Certain Regard et Prix de la mise en scène du Festival de Cannes 2015.




Cemetery of Splendour par Apichatpong Weerasethakul
Disponible en VOD, sortie DVD 02/02/2016,  Thaïlande

Un film lent aux nombreux plans fixes, faisant la part belle aux rêves, aux mythes et aux fantômes, sans toujours bien savoir ce qui appartient au monde de l'invisible ou au monde du réel. Les uns se laisseront porter par ce voyage tout en langueur, portés par des images apaisantes amenant à méditer sur notre place dans le monde, les autres risqueront de trouver le temps bien long. Je me situe plus dans la première catégorie, même si ce film reste pour moi assez difficilement accessible. Je n’ai en tout cas jamais essayé de tout comprendre et me suis plutôt laissée bercer par la poésie des rencontres évoquées. J’en suis ressortie très zen, avec une envie tenace de me réfugier moi-même dans un sommeil profond sans plus tarder.


14 commentaires:

  1. Coucou Sentinelle. Tu nous offres un cycle asiatique ?

    J'ai vu les deux premiers des films que tu évoques aujourd'hui. J'ai vraiment bien aimé le Kore-eda (réalisateur auquel j'essaye d'être fidèle, désormais), mais ce n'est pas mon préféré parmi ceux que je connais. Quant au Kurosawa, c'est l'un de mes gros coups de coeur cinéma de l'année écoulée, un film qui a su me trouver et profondément me toucher. Quelle pudeur dans l'émotion !

    Je ne ferme pas la porte à l'idée de découvrir un jour le Weerasethakul. De ce réalisateur, je n'ai vu que "Oncle Boonmee", la si décriée Palme d'or de 2010. J'en garde le souvenir d'un long-métrage honteusement méprisé. Ce cinéma thaïlandais est sans doute bien difficile d'accès, pour nous, Européens, mais j'imagine que certains de "nos" films paraissent tout aussi exotiques au public thaïlandais. Avoir la possibilité de voir de telles oeuvres reste d'après moi un privilège, sachant que chacun reste évidemment libre de s'y frotter ou non.

    Merci pour cette chronique ! :)

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    1. Coucou Martin,

      Je me suis dit que le mois de mai serait japonais ou ne serait pas ! Mais il y a trop de tentations provenant des pays voisins, et j’ai déjà dévié de ma trajectoire avec un film thaïlandais. Un film chinois et un film coréen seront certainement de la partie, mais aussi d’autres films japonais, dont certains plus anciens. Bref le mois de mai sera japonais mais pas que ;-)

      Le fil de Notre petite sœur de Kore-eda est sans doute trop ténu et minimaliste pour devenir mon film préféré de la filmographie du réalisateur, je te rejoins sur ce point. Je partage également ton coup de cœur pour le dernier film de Kiyoshi Kurosawa, pour les thématiques abordées et sa façon de nous y amener, tout en pudeur et en émotions, comme tu le précises bien. Quant au réalisateur Weerasethakul, Cemetery of Splendour est ma première incursion dans son cinéma. Mais l’essai fut plutôt concluant, donc j’y reviendrai certainement, et pourquoi pas avec "Oncle Boonmee" ?

      Merci à toi pour ton passage Martin :)

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  2. J'ai aussi été séduit par les fantômes tranquilles de Kurosawa.

    Pour le Weerasethakul, j'avais été complètement subjugué par Boonmee. Cette fois j'ai essayé de ne plus être complètement dans la seule contemplation. Même si son film relève totalement de l'hypnose où le spectateur est bercé dans une ambiance tropicalet, j'ai tenté de me saisir des éléments de politique disséminés dans le film et d'organiser une réflexion avec pour tenter de retrouver l'intention ou une des intentions du réalisateur. Ses films, c'est le moins que l'on puisse dire, sont tout à fait stimulants!

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    1. Cemetery of Splendour est ma première incursion dans le cinéma du réalisateur Apichatpong Weerasethakul, je suis donc bien loin de disposer de toutes les clés nécessaires à sa compréhension mais je ne doute pas que cela vienne progressivement en prenant la peine de découvrir ses autres films. Un film qu'on peut choisir de voir "comme sous hypnose" ou au contraire y déceler les messages plus politiques (poétiques) du réalisateur. Cette partie-là fut la moins accessible pour moi, me débrouillant mieux avec l'aspect plus "spirituel". Cemetery of Splendour m'a fait également penser au réalisateur Tarkosvki et à son film Le miroir, j'y vois en tout cas certains liens de parenté.

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  3. Pareil qu'au dessus gros coup de coeur l'an passé pour le Kore-Eda et le Kurosawa. Les films partagent une approche feutrée et sensible de sujets grave sur le deuil et le conflit familial, typiquement japonaise m^me si chaque cinéaste apporte sa personnalité. D'ailleurs j'ai After Life qui traîne en dvd ton avis en lien va m'inciter à le voir sous peu, j'ai découvert pas mal de Kore-Eda récemment coup de coeur à chaque fois avec une préférence pour Nobody Knows. As tu vu Shokuzai de Kyoshi Kurosawa ? Ca devrait te plaire aussu dans cette veine.

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    1. Je trouve aussi qu'il y a une approche spécifiquement japonaise, même si chaque réalisateur apporte sa touche personnelle. Ajoutons également l'importance de la nature, ce qui me ravit d'autant plus. De Kore-eda, j'ai particulièrement aimé After Life, je ne peux donc que t'encourager à le voir sans plus tarder ;-) Ce film est plein d'humour, d'inventivité, de tendresse, il conjugue à merveille les petites scénettes tout en maintenant un bon fil conducteur du début à la fin. Un petit bijou !

      Oh oui, j'ai bien vu Shokuzai de Kyoshi Kurosawa, le tout en une fois (273 minutes) au cinéma, ma plus longue séance à ce jour. Ce fut d'ailleurs une séance mémorable, que j'appellerai ma séance sauna-cinéma. Car il fallait bien entendu que je choisisse un jour particulièrement chaud avec une climatisation de la salle en panne. Ouf j'ai souffert. Mais j'ai beaucoup aimé Shokuzai, et contrairement à de nombreux français, qui ont vu le film en deux fois, je n'ai pas ressenti de coupure entre votre premier et votre deuxième partie. Le voir dans son entièreté fut donc plutôt bénéfique au film.

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    2. Oui quand on le voit en deux parties la seconde est plus sombre et oppressante alors que dans la première on est pris par le mystère et l'habileté de la narration, on sent une coupure. Cela doit être une expérience encore différente pour les japonais qui l'on vu sous forme de feuilleton télévisé en plusieurs parties (il y a des petites histoires sur les élèves qui ont disparues dans le montage international dommage !). Sinon After Life programmé dans le mois convaincu ;-)

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    3. Effectivement, je pense aussi que la façon dont le film est présenté, en une seule traite, en deux parties ou par épisodes, doit changer notre façon de l'appréhender.

      Bon film :)

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  4. Tu fais dans l'oriental :-)
    Oui Notre petite sœur c'est de la douceur et de la générosité en barre qui font du bien.

    L'autre rive ben... le rêve ultime pour celui qui reste seul...

    Je suis plus mitigée pour Le Cemetery, mais ce cinéaste n'est vraiment pas "facile".

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    1. Oui, ce sera un mois oriental, mais pas seulement, tu verras ;-)

      Effectivement, Cemetery est beaucoup plus difficile à appréhender, même s'il présente beaucoup de choses très intéressantes. Presque une expérience en soi finalement.

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  5. Bonjour Sentinelle,

    Bonne idée que cette séance de rattrapage. Je devrais faire de même car le K. Kurosawa et le Kore-eda sont deux films que je voulais voir et que j'ai manqués au cinéma l'année dernière - j'espère les voir cette année. Le Apitchapong (ou Chapi-Chapo pour les intimes :) ), je le réserverai pour plus tard.

    Strum

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    1. Bonsoir Strum,

      Merci pour le compliment ! Je crois que je vais plus souvent écrire des billets de ce genre, dans la mesure où je vois plus fréquemment les films sur petit écran que sur grand écran. Puis cela me permet d'en parler par "thématique", histoire de donner des idées ;-)

      Bonnes découvertes en tout cas :)

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  6. Beaucoup de films asiatiques ! :D
    Pour ma part, même si ce n'est pas le meilleur film de Kore-Eda (pour moi un peu long), j'ai trouvé Notre Petite Soeur très touchant et doux. En revanche, j'ai eu du mal avec Vers l'autre rive. Intéressant mais il m'a vraiment ennuyée.

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    1. Comme quoi ! Je me suis ennuyée avec Mia Madre de Nanni Moretti alors tu l'as beaucoup apprécié, à l'inverse, j'ai beaucoup apprécié Vers l'autre rive par Kiyoshi Kurosawa alors qu'il t'a ennuyée. A quoi cela tient-il ? Franchement, en ce qui me concerne, aucune idée :)

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