vendredi 9 janvier 2015

Calvary de John Michael McDonagh


Bien que le père James, ancien alcoolique notoire, lutte depuis des années contre ses propres démons, il s’efforce de venir en aide à sa fille (particulièrement fragile en ce moment puisqu’elle vient d’attenter à ses jours suite à une rupture amoureuse), tout en apportant du réconfort à ses paroissiens. Mais la vie du père James va être complètement bouleversée suite à la confession d’un mystérieux membre de son église, qui menace de le tuer dans sept jours pour se venger de l’abus d’un prêtre pédophile, aujourd’hui décédé mais qui n’a jamais payé pour sa faute. Son chemin de croix peut commencer, sans savoir s’il aura le courage d’affronter le calvaire très personnel qui l’attend…

Ce film ne m’a absolument pas convaincue pour la bonne raison que ses intentions m’ont semblée à la fois très nébuleuses et extrêmement douteuses. Légitimation de la justice personnelle et de la vengeance ?  Justification du martyre et du meurtre pour accéder à une éventuelle rédemption ? Comme si nous naviguions sans cesse entre la dénonciation d'une partie de l’Église (qui a bien du mal à se remettre en question), les conséquences  de la diminution (disparition ?) de son influence dans notre société en perdition, la nécessite de garder la foi et  une certaine exaltation  des valeurs christiques.  A l'image de ce père qui  renouvelle le sacrifice offert par le Christ sur le Calvaire, exposant son corps comme une ultime offrande pour expier les péchés et accorder le pardon. Un drôle de patchwork dans  lequel j'ai franchement perdu mon latin.

Circonspection également concernant la présentation des paroissiens, qui donne lieu à de longues séquences ennuyeuses et répétitives. A croire que le père James ait été puni par sa hiérarchie pour devoir officier dans cette petite ville au bord de mer, qui semble surtout se distinguer par son  pourcentage particulièrement élevé de névrosés, qui sont tout sauf sympathiques. Personnellement, je n'ai jamais ressenti leur potentiel 'comique' (pourtant j'apprécie assez l'humour noir), tant ils suscitent avant toute chose un sentiment de malaise.

On pouvait se douter que l’Irlande avait encore de vieux comptes à régler avec l’église catholique mais cela ne justifie pas un film aussi sombre, embrouillé et peu crédible, et dont la finalité demeure au mieux incompréhensible, au pire inacceptable. Reste les splendides paysages irlandais et l’excellente interprétation de l’acteur Brendan Gleeson. 

L'avis mitigé de Dasola, plus nuancé d'Alex et très enthousiaste du cinéphile m'était conté.


Réalisateur : John Michael McDonagh
Acteurs : Brendan Gleeson, Chris O'Dowd, Aidan Gillen, Kelly Reilly, Isaach De Bankolé
Origines : Royaume-Uni, Irlande
Genres : Comédie, Drame
Public : À partir de 12 ans
Année de production : 2014
Date de sortie en Belgique : 01/10/2014
Durée : 1h44

14 commentaires:

  1. ce petit mot pour te dire que pour me passer la colère des derniers évènements j'ai ouvert un blog de dessins:
    http://charliekiri.canalblog.com/
    Amitié
    alex

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    1. Merci pour cette information Alex. A bientôt !

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  2. Drôle de patchwork en effet, pour ma part j'ai lâché l'affaire en cours de route..

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    1. Et bien franchement, je comprends ça ;-)

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  3. Je dois avouer qu'il s'agit d'un calvaire et sur le moment on ne voit pas trop où ça veut en venir. De plus, même si je ne pense pas que c'était son but principal, au bout de la première minute, on devine qui est ce mec qui veut le buter (disons que le film perd encore plus d'intérêt). Cependant, avec un peu de recul, j'ai un peu plus réussi à cerner le message, même si le film reste très moyen.

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    1. Je ne me rappelais pas que tu en avais parlé sur ton blog et après vérification, tu ne le mentionnes que dans ton bilan du mois. Dis-en moi un peu plus, tant je suis curieuse de connaître ton interprétation. J'étais sans doute moins attentive que toi car je n'avais pas deviné dès le début qui était le gars en question.

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  4. Effectivement je n'en ai "parlé" que dans le bilan, je prépare la critique pour ce mois-ci. Ce qui m'a plu - en tout cas ce qui sauve ce film bourré de bonnes idées mais qui ne fonctionnent pas toujours - c'est cette vision de l'Irlande qui a été abusée - presque au sens littéral - par la religion, il y a comme un rejet de tout ce qui s'est passé dans ce temps présent, en tout cas je l'ai vraiment ressenti et en même temps, il y a une envie de tourner la page, notamment avec la dernière scène qui semble montrer le pardon.
    Vu que je regarde tu-sais-quoi comme série (j'évite de spoiler), j'ai immédiatement reconnu sa voix, mais alors sans aucun doute !

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    1. Oh comme c’est drôle ! Je pense l’avoir vu en VF, même si je ne sais pas trop si je l’aurais reconnu en VO.

      J’ai trouvé le propos confus mais ce que j’en ai retenu, c’est effectivement le fait que l’Irlande ait été abusée par l’Église, que celle-ci n’a pas vraiment réparé/reconnu ses fautes, et que cela s’est traduit par un éloignement et une distanciation de plus en plus grande entre les paroissiens et les pères de l’Eglise, devenus comme impuissants à soulager leur ouailles. Il en découle un effondrement des repères, suivi par une société en perdition : les habitants sont tous enfermés dans leurs névroses et finalement très seuls et malheureux. Il y a bien une tentative de pardon mais pour moi amenée de manière assez maladroite, avec sans doute, comme tu le soulignes, cette envie de tourner la page. Mais quels seront nos repères après cela ? Il y a comme un vide laissé par l’Église et on ne voit pas trop comment il sera comblé si ce n'est par une certaine compassion humaine.

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    2. Ah forcément en VF, tu ne pouvais pas le deviner ! Mais du coup, je me dis si j'ai pu reconnaître, est-ce que le père James l'a devinée aussi ? Et si c'est non, est-ce qu'il s'agit d'un imbécile ?
      Ton commentaire est vraiment juste et bien développé, tu as su résumer mon ressenti. :)

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    3. Effectivement, si tu l'as reconnu aussi vite, comment le père James a pu passer à côté ? Ce n'est tout de même pas compliqué de reconnaître la voix de ses paroissiens. Ceci dit, je ne sais pas pour toi mais moi, je m'en fichais complètement de savoir qui il était, cette partie-là n'est finalement qu'un prétexte tant l'enjeu du film se trouve ailleurs. Quant à mon ressenti, je suis sortie du film assez confuse, avec une fin franchement abominable. J'ai attendu quelques jours avant d'écrire ce billet et j'ai mis ce temps à contribution pour mettre mes idées en ordre et mieux comprendre ce film, qui aborde des sujets très intéressants même si j'ai toujours des réticences quant à sa manière de les avoir abordés.

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    4. Oui, voilà, quelque part, j'ai conscience que ce n'était sûrement pas le principal but de savoir qui c'était... mais ça m'a perturbé tout de même. Le film est assez chiant et du coup on ne peut même pas se raccrocher à cette petite intrigue, c'est un peu dommage je trouve.

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    5. Oui, il n'est pas vraiment convainquant â plusieurs niveaux, et c'est sans doute sa plus grande failblesse.

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  5. Bonsoir Sentinelle, merci pour le lien. Sinon, je constate que tu n'as pas été emballée plus que cela par cette histoire. Je croyais voir une comédie noire et j'ai été déçue. Tout ce qui se passe entre le début (au confessionnal) et la fin sanglante ne m'a pas passionnée du tout. Bonne soirée.

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    1. Je n'ai pas du tout apprécié la fin, qui m'a énervée, révoltée et choquée. Je n'aime pas cette idée de sacrifice, c'est trop extrême et trop barbare, il aurait pu apporter autre chose mais ce n'est que mon ressenti, cela va de soi ;-)

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