lundi 21 juillet 2014

L'Affaire de Road Hill House de Kate Summerscale

Quatrième de couverture

Au lendemain d’une nuit pourtant bien calme, Saville Kent, cinq ans, disparaît. Sous le choc, les habitants de cette grande demeure du Wilthshire doivent faire face à deux évidences : l’enfant a été assassiné et le meurtrier est forcément l’un d’entre eux. Aussitôt, les rumeurs vont bon train. La presse, alors en plein essor, en fait un large écho. L’ensemble de la nation se passionne pour l’affaire. L’enquête piétine jusqu’à ce que Jack Whicher, célèbre détective de Scotland Yard, prenne les choses en main.

L’Affaire de Road Hill House, effroyable meurtre non élucidé pendant plusieurs années d’un jeune enfant dans l’Angleterre des années 1860, avait défrayé la chronique à son époque. Kate Summescale ne se contente pas de reprendre le déroulement des événements et la description minutieuse des lieux et des personnes présentes lors du meurtre, mais nous livre une analyse fine de ce fait divers sanglant dans son contexte familial mais également sociétal. 

Vengeance, folie héréditaire ou passagère, liaison illégitime sont les tenants psychologiques éventuels de ce crime à l’époque victorienne, qui voit l’expansion étourdissante de la presse et des reportages criminels, au point où l’on s’inquiète déjà de l’infection et de la corruption potentielles que la description de ces horreurs pouvaient engendrer chez les lecteurs. Une sorte de contamination mentale faite de sexe et de violence que les articles de journaux se complaisent à décrire. C’est également l’époque des premiers détectives de Scotland Yard, qui inspireront des romanciers tels que Charles Dickens et Wilkie Collins. Ces nouveaux détectives, d’abord présentés comme de fins limiers ayant un sens de l’observation sans faille et une intuition sans pareille, seront peu à peu considérés non plus comme des champions de la vérité mais bien comme de sordides voyeurs qui font voler en éclat l’intimité et les secrets de famille des foyers de la classe moyenne victorienne, pour laquelle la maison était un espace totalement privé et exclusivement domestique. 

« Un meurtre tel que celui-ci pouvait révéler ce qui avait pris forme à l’intérieur du foyer claquemuré de la classe moyenne. Il apparaissait que la famille cloîtrée, tant vantée par la société victorienne, pouvait entretenir un refoulement nocif et nauséabond des affects, un miasme tant sexuel qu’émotionnel. Peut-être l’intimité était-elle une source de péché, la condition qui amenait le doux tableau domestique à pourrir de l’intérieur. Plus le foyer était clos, plus son univers intérieur était susceptible de se corrompre. Quelque chose s’était infecté à Road Hill House, pendant émotionnel de ces infections transportées par la voie des airs qui terrifiaient les victoriens.» 

Il n’empêche, violer la vie privée d’une famille était presque devenu un crime (une révélation publique pouvait autant détruire une famille ou un de ses membres qu’un meurtre) et les investigations des détectives ne tardèrent pas à être assimilées à une succession d’agressions mentales ayant parfois de graves répercutions.

Nous apprenons également que beaucoup d’enfants naturels étaient supprimés par des femmes à bout de ressources à cette époque : en 1860, les journaux faisaient presque quotidiennement état d’infanticides. Les jurys montraient une certaine compassion tant ils préféraient les tenir pour dérangées plutôt que dépravées. Les nouvelles idées de droit et de médecine venaient d’ailleurs appuyer leur jugement : la règle McNaghten permettait par exemple d’évoquer depuis janvier 1843 « la démence passagère » devant les cours de justice.

L'Affaire de Road Hill House de Kate Summerscale  fut une lecture très intéressante à multiples point de vue. On peut parfois regretter quelques petites longueurs, notamment dans la description d'autres enquêtes élucidées par les détectives ou de trop nombreuses références aux diverses influences que ce fait divers eu sur l'imagination des écrivains de l'époque victorienne. Mais ce ne sont vraiment que de petits bémols tant l'ensemble était plaisant et se lisait sans relâche.



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