lundi 13 janvier 2014

Captive de Margaret Atwood

Pour son neuvième roman, Margaret Atwood s’est inspirée d’un fait divers qui a fait beaucoup parlé de lui dans la presse canadienne en 1843, à savoir celui concernant les meurtres de Thomas Kinnear et de sa gouvernante et maîtresse Nancy Montgomery, enceinte de ses œuvres lorsqu’elle fut assassinée par ses bourreaux. Si James McDermott, employé chez Kinnear au moment des faits, fut reconnu coupable des meurtres et condamné à la pendaison, personne n’a jamais élucidé complètement l’affaire tant l’implication de la très jeune et jolie Grace Marks dans l’exécution du couple illégitime a toujours laissé des zones d’ombre. Si après avoir donné trois versions des faits, Grace Marks préfère se murer dans le silence en se réfugiant dans une amnésie réelle ou dissimulée, elle n’en sera pas moins l’une des Canadiennes les plus célèbres pour avoir été condamnée à perpétuité pour meurtre à l’âge de 16 ans.

Démente, innocente ou criminelle ? Le docteur Jordan, jeune spécialiste de la maladie mentale, veut découvrir la vérité sur Grace Marks.

Le sexe, la jalousie, la violence et l’insubordination des classes inférieures, voilà ce qui motiva les journalistes de l’époque, pour qui l’affaire se révélait aussi croustillante qu’affriolante. Margaret Atwood se gardera bien de trancher définitivement la question mais abordera le sujet en entamant une approche plus sociétale : misère des couches laborieuses de la population, grandes disparités des classes sociales, abus et maltraitance, condition précaire et ambiguïté de l’image de la femme à cette époque (monstre tentateur ou victime involontaire de la convoitise des hommes) sans oublier l’engouement pour le spiritisme et le neuro-hypnotisme. L’émergence des nouvelles théories sur les maladies mentales n’est pas en reste, en passant par l’analyse des rêves et autres études sur le somnambulisme et les différents états de transes. 

Extrêmement bien documenté tout en demeurant plaisant à lire, c’est à une véritable plongée dans la psyché humaine et la société canadienne du milieu du XIXe siècle que Margaret Atwood nous convie avec ce roman. Avec un point de vue féministe, comme souvent j’ai envie de dire avec l’auteur, qui se penche toujours sur la fragilité du statut de la femme, quelle que soit la société ou son époque.


1 commentaire:

  1. Margaret Atwood et moi, ça ne marche pas à tous les coups, malheureusement, mais celui-ci me tenterait.

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