jeudi 12 décembre 2013

Le rêve du Celte de Mario Vargas Llosa

« Chacun de nous est, successivement, non pas un, mais plusieurs. Et ces personnalités successives, qui émergent les unes des autres, présentent le plus souvent entre elles les contrastes les plus étranges et les plus saisissants. » José Enrique Rodó

Mario Vargas Llosa explore une des figures de l’histoire au destin mouvementé et tragique qui a pour nom Roger Casement (1864-1916). 

Diplomate britannique, aventurier et grand dénonciateur de l’exploitation de l’homme par l’homme dans les forêts du Congo et de l’Amazonie péruvienne.

« Il fermait les yeux et, en un tourbillon vertigineux, apparaissaient et réapparaissaient des corps d’ébène zébrés de cicatrices rougeâtres comme des vipères sur le dos, les fesses et les jambes, ces moignons d’enfants et de vieillards au bout de leurs bras raccourcis, ces visages émaciés, cadavériques, dont semblaient avoir été extraits la vie, la graisse, les muscles, pour n’y laisser que la peau, le crâne et ce masque figé qui exprimait, plus que la douleur, une stupéfaction infinie devant ce qu’on leur infligeait. »

Mais Roger Casement sera avant tout un révolutionnaire irlandais, cause pour laquelle il connaîtra la disgrâce et l’oubli. Car personne ne lui pardonnera son association avec l’Allemagne afin d’accélérer l’émancipation de l’Eire, en faisant coïncider le mouvement nationaliste avec l’action offensive de l’armée et de la marine du Kaiser contre l’Angleterre.

Son homosexualité et les extraits crus (véridiques ou fantasmés) retrouvés dans ses carnets apporteront du grain à moudre à ses détracteurs qui n’hésiteront pas à utiliser ces fragments pour le discréditer via une campagne calomnieuse portant sur sa « perversité sexuelle ».

Mario Vargas Llosa replace cet homme dans son époque en le faisant côtoyer des personnages illustres de son temps (Stanley, Conrad, Pearse), détaille les enjeux politiques, économiques, judiciaires et humanitaires de la colonisation, revient sur le rêve de l’irlandais de se réapproprier son histoire, sa culture et ses traditions sans oublier ses préoccupations religieuses qui l’accompagneront toute sa vie.

Une lecture instructive, au rythme enlevé, qui se lit d’une traite. Une personnalité riche et contrastée d’un homme qui passera de l’anoblissement par le roi Georges V pour sa défense des droits de l’homme au Congo et en Amazonie à la condamnation par le gouvernement britannique pour haute trahison. L’Irlande aura été en définitive sa plus grande passion, celle qui le consumera définitivement en l’envoyant à la mort.

Nul doute que Roger Casement méritait de sortir de l’ombre dans laquelle son opprobre l’avait plongé pendant des années.

Laissons la dernière parole au père Crotty :

« Vous devez faire ce que vous croyez être le mieux pour l’Irlande, Roger. Votre idéal est pur. L’impopularité n’est pas toujours un bon indice pour décider de la justice d’une cause. »


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire