mardi 2 décembre 2008

Le fusil à pétales de André-Marcel Adamek

Raspal me l’avait fait jurer, l’autre jour, un peu avant de mourir :

- Tu l’écriras, ce livre, dis ?

J’ai fait le modeste, je lui ai dit que je n’avais pas belle instruction, ni le parler de ceux qui font les livres.

- Ca ne fait rien, tu l’écriras à ta manière.

- Personne ne croira ce que je dirai…

- Je suis témoin ! qu’il a crié, Raspal.

Il ne savait pas encore que la mort mangeait lentement ces reins. C’était notre dernière rencontre.



Et c’est ainsi que Clothaire, vieil homme solitaire, s’engage à devenir le garant de la mémoire collective du temps passé. C’est qu’il s’en est passé des choses exceptionnelles dans la contrée : pays de légendes, de sortilèges et de maléfices, lieu où la magie est « prête à surprendre les plantes, les bêtes, quelquefois les hommes », territoire tout remuant de mystères où se déroulera l’histoire de Reine, de Tristan, des Berluet et « du petit monde qui s’était dessiné dans un passé pas bien lointain, entièrement disparu aujourd’hui. » Clothaire est en effet plutôt bien placé pour nous raconter cette histoire, car s’il fut le témoin des événements passés, il fut également un de ses acteurs principaux !
 
Tout commence un bon matin de mai. Tristan, bel éphèbe généreux aux cheveux longs sorti tout droit de la littérature médiévale, s’arrête à Chompes, plus précisément dans la cour de la ferme des Berluet, afin de demander la permission de se servir de son écuelle à l’eau du puits de la ferme.  Le propriétaire des lieux, Alphonse Berluet,  est une sorte d’inventeur un peu fou des plus habiles. On se demande d’ailleurs bien où il va trouver ses grandes idées : il a déjà réussi à faire fonctionner un tracteur avec de l’alcool de prune, inventé la première machine au monde capable d’éplucher des pommes de terre et même mis sur pied un tribunal en plein air au village.  Sa dernière invention en date est la construction d’un avion, avion avec lequel il compte bien prendre son premier envol très prochainement. « C’est donc ainsi que Tristan fut retenu à Chompes pour deux jours. Tout de suite, il avait gagné l’amitié des Berluet qui le traitèrent comme un fils ». Mais lorsque, devant les trente personnes invitées dans la cour, Alphone s’élance pour son premier envol, l’essai ne se passe pas tel qu’il l’avait imaginé… laissé pour mort, inerte et sans conscience, le voilà plongé dans un coma irréversible. 

La médecine étant impuissante à le guérir, un seul espoir demeure : faire appel à la magnifique Reine, une rebouteuse-guérisseuse des plus talentueuses qui fait chèrement payer ses services.  C’est que Reine doit payer un lourd tribut à un être de fumées, une sorte de diable commerçant pour conserver sa beauté…
 
Je n’en dirai pas plus. Sachez simplement qu’Adamek est un conteur et un poète.
Le fusil à pétales est tour à tour un conte baroque, un chant courtois médiéval romantique, une farce, une fable féerique, burlesque et rocambolesque. Merci Larkane pour cette très agréable découverte !
 
Le fusil à pétales a obtenu le prix Rossel en 1974.

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