lundi 28 juillet 2008

La colonie pénitentiaire et autres récits de Kafka

J’avais envie de relire une œuvre de Kafka, et j’ai opté pour celle dont je me souvenais le moins. Et pour cause ! « La colonie pénitentiaire et autres récits » me semble être de ceux qui résistent le plus à l’interprétation : incompréhension, absurdité, non-sens, nous restons perplexes face à tant de questionnements que suscite la lecture de ces récits.

Ce recueil rassemble deux longues nouvelles (« La colonie pénitentiaire » et « Le terrier », inachevé), ainsi que des nouvelles plus courtes (« Un champion du jeûne », « Premier chagrin », « Une petite femme », « Joséphine la cantatrice ou le peuple des souris », « La taupe géante », deuxième récit inachevé).

Attardons-nous un peu sur la première longue nouvelle donnant le titre du recueil !

« La colonie pénitentiaire » nous raconte l’histoire d’un voyageur débarquant dans un camp pénitentiaire situé sur une île des tropiques. Il est invité par le nouveau commandant de l’île à assister à l’exécution capitale d’un soldat condamné à mort alors qu’il ne connaît pas sa sentence et qu’il n’a jamais été jugé pour son crime. Nous retrouvons le même procédé que celui mis en oeuvre dans « Le procès », à ceci près que si le voyageur ne cautionne pas ce type de pratique et qu’il l’exprime ouvertement, il se garde bien d’intervenir en assistant très passivement au déroulement de la procédure.

Attention spoiler !!!

Il se trouve que la méthode d’exécution est déjà obsolète : machine de torture conduisant à la mort après plus de 12 heures de souffrance, elle fut inventée par l’ancien commandant de l’île afin de graver la faute sous forme de sentence dans la chair du condamné avant sa fin. L’officier en charge de cette procédure sent bien que le nouveau commandant désire se passer de cette pratique archaïque mais sa fidélité à son ancien chef le conduit à demander au voyageur de prendre sa défense lorsqu’il sera invité au conseil. Ce que le voyageur refuse, considérant également cette pratique barbare, sans pour autant la dénoncer par ailleurs. Déçu de cette non-intervention du voyageur, l’officier décide de prendre la place du condamné… et meurt de manière atroce lorsque la machine se mettra à se détraquer complètement, offrant ainsi une fin commune à la machine, à l’officier et à la méthode d’exécution. Le voyageur quittera au plus vite l’île sans prendre la peine de se rendre au conseil avant son départ.

Vous y comprenez quelque chose vous ? On cherche bien des explications : dénonciation des pratiques carcérales cruelles et d’une justice qui ne respecte pas les droits de l’homme, fidélité et soumission à l’ancienne autorité, non-intervention et passivité devant les faits réprouvés, indifférence au sort d’autrui, manque d’humanité… Un peu de tout cela à la fois sans que cela apporte une réelle compréhension du récit, qui semble nous narguer en se soustrayant à toute tentative d’interprétation un tant soit peu satisfaisante. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin ! Bref, autant abandonner toutes recherches explicatives et se contenter du récit en tant que tel, en acceptant qu’il nous échappe partiellement si pas totalement. Mais n’est-ce pas là le plus grand talent de Franz Kafka : se dérober ?

« L’explorateur semblait n’avoir déféré que par politesse à l’invitation du commandant qui l’avait prié de venir assister à l’exécution d’un soldat condamné pour indiscipline et outrages à un supérieur.  L’intérêt de l’opération était d’ailleurs restreint dans cette colonie.  On ne voyait dans la vallée, une cuvette de sable profonde entourés de pentes nues, on ne voyait là, outre l’officier et l’explorateur, que le condamné, un homme stupide à grande bouche, à la tête sale et aux cheveux crasseux, et un soldat portant la lourde chaîne d’où partaient les chaînes plus minces qui chargeaient les pieds, les chevilles et le cou du bagnard.  Elles étaient reliées entre elles par d’autres chaînes.  Le condamné avait d’ailleurs l’air si caninement résigné qu’il semblait qu’on eût pu le laisser courir en liberté sur les pentes et qu’il aurait suffi de siffler pour le faire venir à l’heure de l’exécution. »
 

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