lundi 14 août 2017

La servante écarlate de Margaret Atwood

Extrait

Il nous est interdit de nous trouver en tête à tête avec les Commandants. Notre fonction est la reproduction ; nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquées par des cajoleries, ni de part ni d’autre ; l’amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c’est tout : vases sacrés, calices ambulants.



Mon avis

La servante écarlate est un roman féministe d’anticipation. La pollution, les explosions d’usines atomiques, les radiations et une souche mutante de syphilis ont eu raison de la fertilité humaine. Peu de femmes tombent encore enceintes, et celles qui le sont ont une chance sur quatre d'accoucher d’un enfant normalement constitué.

Ces conditions de dénatalité constitueront le terreau fertile à l’instauration d’une République Ultra Conservatrice. Les femmes en âge de procréer ne sont plus que des matrices mises à la disposition de hauts placés appelés « les commandants » : ce sont « les servantes écarlates ». Toutes de rouge vêtues à l’exception des voiles blancs de leurs cornettes, elles accomplissent leurs tâches comme des somnambules.  A leurs côtés, nous retrouvons les Tantes, sortes de sœurs/éducatrices de centres d’éducation des servantes écarlates ; les Épouses officielles des Commandants sans oublier les Marthas, ménagères et cuisinières  de la maison.  Defred est l’une de ces servantes écarlates. La peur et l'angoisse générée par les craintes de répression ne lui font pas oublier le temps « d’avant » où les femmes avaient le droit de lire, d’avoir un nom, un travail, de l’argent et où l’amour avait encore le droit d’exister.

Margaret Atwood nous décrit cette société fondamentaliste avec des mots simples mais qui sonnent tellement justes que nous avons l’impression d’y être en compagnie de Defred : autodafés, pendaisons publiques, peur de la délation et l’extrême solitude que lui confère son statut de femme-matrice ne peuvent nous laisser de marbre. La servante écarlate est un roman qui lorgne du côté de 1984 de George Orwell. Terrifiant et glaçant à la fois.

"La servante écarlate" a été adapté au cinéma en 1990 par Volker  Schlöndorff avec Natasha Richardson, Robert Duvall et Elizabeth McGovern. Le roman a récemment fait l'objet d'une série télévisée, intitulée The Handmaid's Tale (2017).



Bibliographie sélective :

 Oeil-de-chat de Margaret Atwood
 Captive de Margaret Atwood
 La voleuse d’hommes de Margaret Atwood
 La femme comestible de Margaret Atwood

Tous les romans présentés ci-dessus ont été chroniqués sur ce blog.  Cliquez sur la couverture pour y accéder.


7 commentaires:

  1. Celui-ci donne plus envie.
    Et je ne connais aucune des adaptations.

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    1. Le roman est très bon. Moi non plus, je ne connais pas les adaptations mais j'y viendrai, un jour ou l'autre.

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  2. J'ai adoré la série, j'ai forcément envie de découvrir ce bouquin culte !

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    1. Je suis curieuse de voir cette série. J'ai lu le bouquin il y a plusieurs années (j'ai ressorti mon billet des archives puisqu'il est d'actualité pour le moment) et j'en garde un excellent souvenir. Depuis, j'ai quasi lu tous les romans de Margaret Atwood.

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  3. Je n'ai toujours pas terminé la série, il faudrait que je m'y mette sérieusement. Mais le livre m'avait bouleversé à un point énorme c'est vrai, tellement que je n'ai pas réussi à dormir pendant quelques nuits.

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    1. J'avais trouvé cette lecture terrifiante et glaçante à la fois, de quoi effectivement mal dormir pendant quelques nuits. J'ai commencé la série hier soir, et j'aime vraiment beaucoup. Alors que les séries et moi, ça fonctionne très rarement. Mais cette série, c'est vraiment du tout bon, y compris du côté de l'interprétation.

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  4. Je compte le lire bientôt, il a l'air bouleversant.

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