samedi 24 juin 2017

Le peintre russe Valentin Serov

Le peintre russe Valentin Aleksandrovitch Serov est né en 1865 à Saint-Pétersbourg et décède en 1911 à Moscou. Formé par Ilia Répine et Pavel Tchistiakov, il est considéré comme le meilleur portraitiste russe de sa génération et devient le portraitiste officiel de la cour et de l'aristocratie. Il sera membre de l’Amicale des expositions artistiques itinérantes (Peredvijniki), de la Sécession viennoise et de la Sécession de Munich. L'un de ses portraits les plus célèbres est celui de Mademoiselle Mamontov, La jeune fille aux pêches (1887), fille du mécène moscovite. 

Citation :

L’historien de l’art Sarabianov affirme dans sa monographie consacrée à Valentin Serov : « l’évolution de la peinture russe des années 1880 jusqu’aux années 1910 n’est nulle autre que celle qui va de la Jeune fille aux pêches au Portrait d’Ida Rubinstein. » L’œuvre du peintre s’inscrit d'emblée dans une période complexe de transition, pendant laquelle il n’est indifférent à aucune des recherches de ses contemporains, sans pour autant, à aucun moment, sacrifier à l’héritage classique. Mais n’aborder son travail qu’au regard de celui ses pairs serait une erreur. Toujours en décalage avec ce qui l’entoure ou avec ce que l’on croit devoir attendre de lui, la peinture de Serov est d'abord extrêmement personnelle.



Portrait de la jeune fille aux pêches, 1887

Portrait de Zénaïde Youssoupoff, vers 1900


Portrait de Yevdokia Loseva,1903

Portrait de Henriette Leopoldovna Girschmann, 1907
  
Portrait de Maria Akimova, 1908

Portrait d'Ida Rubinstein, 1910

Portrait d'Izabella Grunberg, 1910


Autoportrait

mercredi 14 juin 2017

Citation du jour, Mémoires de Hongrie de Sándor Márai



L'écrivain qui, dans la misère et la désolation - lot commun de tous, en temps de paix comme en temps de guerre -, proteste de sa  « sincérité » oublie l'une des lois essentielles de son métier, lequel ne sait rien de la sincérité. En littérature, comme dans la vie, seul le silence est « sincère ».  Dès lors qu’on s’adresse au public, qu’on soit écrivain ou comédien, on cesse d’être franc – on pose.

 Mémoires de Hongrie de Sándor Márai






Du même auteur, sur ce blog :

* Les braises de Sándor Márai
* L'héritage d’Esther de Sándor Márai


mardi 13 juin 2017

L'homme est-il immortel ? de Robert Ettinger

Première édition de « L’homme est-il immortel ? », écrit en 1964 par Robert Ettinger, professeur universitaire de physique et de mathématique américain, principal fondateur du mouvement cryogénique. Comme son titre l’indique, sa thèse porte sur la congélation des corps en vue d'atteindre… l'immortalité, et bien oui, rien que ça me direz-vous.


Petit résumé trouvé sur le wiki :

Ce livre contient quatorze expériences de pensée sur le thème de l’identité. Sa préoccupation est de cerner quelles sont les transformations d’un individu qui nous paraissent acceptables (cryogénisation comprise) pour considérer qu’il est toujours lui-même.

Ah qu'il est bon de se plonger dans cette époque où la science était encore synonyme de bonheur futur, d'amélioration des conditions de vie, de mort, où tout était encore possible…

Ce savant donc, très optimiste (quand je vous disais que nous étions dans les années 60), a la certitude que nous pratiquerons avec succès la congélation et la réanimation du corps humain moins de cinq années écoulées après la parution de son livre (fin des années 60 donc).

Très sûr de son fait, l'auteur envisage d'emblée les problèmes qui se poseront à ce moment-là. Où stockerons-nous les cadavres en sursis ? Le refus de congeler sera-t-il considéré comme un meurtre ? Un cadavre pourra-t-il voter ? Et quand les congelés ressusciteront, où trouveront-ils un espace vital ?

Autant de questions – finalement pertinentes et extrêmement instructives - autant d’expériences de pensée.

Quelques extraits pour illustrer tout cela :

Page 170 :
« Grâce à des procédés super-chirurgicaux (qui ne sont peut-être pas éloignés dans l'avenir) nous extrayons les cerveaux de deux hommes, et nous les échangeons. Cette opération peut sembler triviale à certains. La plupart d'entre nous, en y réfléchissant, conviendront que c'est le cerveau qui importe le plus, et non les bras, les jambes ni même le visage.

[…] La réunion du cerveau de Paul et du corps de Pierre sera probablement considérée comme Paul. Mais deux facteurs au moins rendent cette expérience moins simple.

D'abord, si l'expérience était effectivement faite et non pas un simple sujet de discussion, le choc émotionnel des deux sujets serait prodigieux. Leurs femmes seraient profondément frappées, tout autant que les sujets. De plus, Paul-dans-le-corps-de-Pierre changerait rapidement, puisque la personnalité dépend grandement du milieu, et que le corps est une partie importante du milieu dans lequel évolue le cerveau.

Et puis si nous voulions bien considérer que les bras, les jambes, la figure et les intestins ne sont pas des attributs essentiels de la personnalité – que dire des testicules ?

Si Paul-dans-le-corps-de-Pierre couche avec une femme, il ne peut engendrer que l'enfant de Pierre, puisqu'il porte en lui les spermatozoïdes de Pierre !

Les problèmes psychiatriques et juridiques que l'on imagine seraient vraiment fantastiques. »

Page 132 :

« Dans l'ère nouvelle, l'horreur du crime ne dépendra plus seulement du mobile ou des circonstances, mais aussi du degré des altérations infligées au corps.
Mon grand-père avait l'habitude de distinguer deux sortes de paresseux, les "flemmards" et les "infects flemmards". La société distinguera peut-être maintenant entre le simple criminel et l'infect assassin. Si la victime est arrosée d'essence et carbonisée, ou passée à la moulinette ou jetée dans le vide-ordures en petits morceaux, ou dans un marécage et laissée aux alligators, ce sera un crime infect et des plus odieux. Mais s'il s'agit seulement d'une balle dans le cœur, et que la victime est rapidement découverte et congelée, alors ce sera une forme d'assassinat tout à fait civilisée. »

Décidément, ce bon docteur Ettinger ne manque pas d'imagination !
 
Pour être tout à fait honnête, après tous les problèmes soulevés par ce brave savant, on en vient à se demander si le fait de pouvoir congeler les corps afin de les réanimer en temps voulu n'apporterait pas plus d'inconvénients que d'avantages.


Pour la petite histoire, la France a légiféré concernant la cryogénisation : l'utilisation de la technique qui consiste à congeler le corps du défunt – communément appeler cryogénisation – est en effet interdite par la règlementation funéraire puisque le cercueil contenant le corps du défunt doit être inhumé on incinéré dans les 6 jours qui suivent le décès (articles R. 2213-33 et R. 2213-35 du Code général des collectivités territoriales).

Voir l'affaire Martinot en France.

"L'âge d'or" dont parle continuellement le docteur Ettinger n'est visiblement pas pour demain… mais son âge d'or fait aussi terriblement froid dans le dos (sans mauvais jeu de mots, enfin si, un peu tout de même).

Qu'est devenu le corps de Robert Ettinger, surnommé le "père de la cryogénisation",  décédé en 2011 à l'âge de 92 ans aux États-Unis ? Une petite explication s'impose, et c'est ici que cela se trouve. Quoi qu'il en soit, trois instituts offrent des services de cryogénisation dans le monde : Alcor Life Extension Foundation et Cryonics Institute (dont le fondateur est Robert Ettinger) aux États-Unis, et KrioRus en Russie.

Le Prix Nobel de Littérature, José Saramago, s'était aussi amusé avec la mort dans son roman Les intermittences de la mort et, ma foi, c'était plutôt une bonne lecture.

mercredi 7 juin 2017

Séquence nostalgie : Billy Idol - Sweet Sixteen



I'll do anything
For my sweet sixteen,
And I'll do anything
For little run away child

 ...ou l'histoire d'un amour de jeunesse pour une jeune fille de seize ans.


mardi 6 juin 2017

L'homme qui tua Liberty Valance de John Ford

The Man Who Shot Liberty Valance de John Ford
Avec John Wayne, James Stewart, Lee Marvin, Vera Miles, Lee Van Cleef
1962, États-Unis


Synopsis

Après des années d'absence, le sénateur Ransom Stoddard (James Stewart) retourne à Shinbone avec sa femme Hallie (Vera Miles) pour assister à l'enterrement de son vieil ami, Tom Doniphon (John Wayne). Les journalistes s'interrogent : pourquoi le sénateur a-t-il tenu à faire ce voyage à tout prix ? Qui était donc ce Tom Doniphon ? Retour sur l'histoire de Ransom Stoddard. Jeune juriste, il avait quitté l'Est pour le Far West. Sa diligence ayant été attaquée par des bandits, Ransom Stoddard s'était indigné et le chef de la bande, Liberty Valance (Lee Marvin), l'avait alors sauvagement frappé. Une haine inexpiable devait lier les deux hommes, mais Stoddard avait beaucoup à apprendre sur les moeurs de l'Ouest... 


 Mon avis

Je ne connais pas bien  le cinéma de John Ford (à l'exception de Marie Stuart, L'homme tranquille, Les cavaliers et Frontière chinoise, seuls films vus jusqu'à présent de sa - très longue - filmographie, avec celui-ci). Encore moins ses thématiques habituelles, ni la personnalité - visiblement assez complexe - du réalisateur. Et je n’ai pas envie, du moins à ce stade, de faire des recherches plus approfondies sur ce réalisateur, préférant dans un premier temps découvrir avec "un regard innocent" (hmhm) les autres films de John Ford. Pas trop envie non plus de décortiquer « L’Homme qui tua Liberty Valance », d’abord parce qu’il y aurait beaucoup trop à en dire (le film est vraiment très riche), ensuite parce que Strum en a déjà très bien parlé. Je vous invite donc bien volontiers à lire son compte-rendu, que vous retrouverez ici, et qui complétera mon propre commentaire, volontairement plus succinct.    

Je me contenterai donc de vous livrer quelques réflexions qui me viennent spontanément à l’esprit, quelque chose écrit sur le vif.  J’avais sans doute quelques a priori sur le cinéma de John Ford, dans la mesure où j’ai véritablement été surprise par la richesse des thématiques abordées, par la nostalgie et la mélancolie qui en ressortaient, ainsi que par le sens de la nuance et de l’ambigüité du propos.  J’ai vu ce film comme un film sur la perte de l’innocence.  Sur le fondement d’une nation qui ne pourra pas faire abstraction de la violence, et ce malgré toutes les meilleures intentions du monde.   Des fondations reposant notamment sur le mensonge, via la création de ses propres mythes. L'homme qui tua Liberty Valance, c'est aussi l'histoire d’une femme prise entre deux hommes, un homme qui se conjuguera bientôt au passé (la virilité et la force tranquille de John Wayne) et un homme qui nous projette déjà dans le futur (le sympathique et vertueux James Stewart).  Enfin,  L'homme qui tua Liberty Valance, c'est l'histoire émouvante des perdants, que je qualifierai de magnifiques (Tom Doniphon/John Wayne, Pompey/Woody Strode), ceux qui n’auront jamais le visage de cette Amérique ambitieuse et triomphante.  Mais si Tom Doniphon et Pompey ne sont pas « des gagnants », ils ont pour eux la noblesse du cœur, la dignité, la fidélité et le sens du sacrifice, sachant se mettre en retrait lorsque les circonstances le demandent. John Ford nous dit aussi que choisir, c'est mourir un peu. Il reste les souvenirs et la mélancolie de ceux qui n'ont pas oublié, avec ce petit quelque chose qui nous rappelle…  

Ce film nous laisse finalement sur une note de tristesse et de compassion.  Tout en éprouvant le plus grand respect envers ceux qui ont su conserver une certaine grandeur d'âme.



dimanche 4 juin 2017

Le samovar

" Le samovar est un nom qui vient de deux mots russes : samo, soi-même, et varit, bouillir. Ce n’est donc pas un ustensile à faire du thé, mais à obtenir et à conserver de l’eau bouillante. Ces urnes de cuivre, pansues et rutilantes, étaient traversées par une cheminée verticale portant à sa base une petite grille destinée à recevoir des braises. L’eau, versée par la haut du récipient, entourait la cheminée et s’échauffait à son contact. 

Une théière, pleine de thé concentré, tiédissait sur la couronne du samovar. Il suffisait d’ouvrir le robinet de l’appareil pour avoir de l’eau bouillante à toute heure du jour et de la nuit. 


Pouchkine, par exemple, buvait son thé dans un verre sans pied, sa femme – comme le voulait la coutume – dans une tasse. Bien entendu, les verres sans pied étaient enchâssés dans un support à anse, pour qu’on pût les prendre sans se brûler les doigts. Toutes les classes de la société de Saint-Pétersbourg obéissaient à cet usage, et dans les grandes maisons les supports étaient de véritables pièces d’orfèvrerie, le plus souvent en argent. "

Dictionnaire amoureux de Saint-Pétersbourg par Vladimir Fédorovski, Extrait



Le thé (1914) par Konstantin Makovski

Près du samovar (1956) par Vladimir Stojarov

Samovar (1926) par Kuzma Petrov Vodkin

Samovar (1913) par Kazimir Malevich